chevron_left All chapters 20000 lieues sous les mers home Home

menu_book Chapter 1

from 20000 lieues sous les mers by Jules Verne — automated transcript, may contain recognition errors.

Première partie, chapitre 16 de Vingt mille lieues sous les mers. Ceci est un enregistrement LibriVox. Tous nos enregistrements appartiennent au domaine public. Pour vous renseigner à notre sujet, ou bien même pour participer, rendez-vous sur LibriVox.org. Enregistré par Michael Kadiyak. Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne. Première partie, chapitre 16. Promenade en pleine

Cette cellule était, à proprement parler, l'arsenal et le vestiaire du Nautilus. Une douzaine d'appareils de scaphandres, suspendus à la paroi, attendaient les promeneurs. Nedland, en les voyant, manifesta une répugnance évidente à s'en revêtir. « Mais, mon brave Ned, lui dis-je, les forêts de l'île de Crespo ne sont que des forêts sous-marines. » « Bon, fit le harponeur des appointés, qui voyait s'évanouir ses rêves de viande fraîche. Et vous, monsieur Aronax, vous allez vous introduire dans ces habits-là ? » « Il le faut bien, maître Ned. »

« Libre à vous, monsieur, répondit le harponeur, haussant les épaules. Mais, quant à moi, à moins qu'on ne mit force, je n'entrerai jamais là-dedans. » « On ne vous forcera pas, maître Ned, dit le capitaine Nemo. » « Et conseil va se risquer ? » demanda Ned. « Je suis, monsieur, partout où va monsieur, répondit conseil. » Sur un appel du capitaine, deux hommes de l'équipage vint à nous aider à revêtir ces lourds vêtements imperméables,

faits en caoutchouc sans couture et préparés de manière à supporter des pressions considérables. On eut dit une armure à la fois souple et résistante. Ces vêtements formaient pantalon et veste. Le pantalon se terminait par d'épaisse chaussures garnies de lourdes semelles de plomb. Le tissu de la veste était maintenu par des lamelles de cuivre qui cuirassaient la poitrine, la défendaient contre la poussée des os et laissaient les poumons fonctionner librement. Ces manches finissaient en forme de gants assouplis qui ne contrariaient aucunement les mouvements de la main.

Il y avait loin, on le voit, de ces scaphandres perfectionnés aux vêtements informes, tels que les cuirasses de Liège, les soubres vestes, les appis de mer, les coffres, etc. qui furent inventés et prônés dans le XVIIIe siècle. Le capitaine Nemo, un de ses compagnons, sorte d'Hercule, qui devait être d'une force prodigieuse, conseillait moi, nous eûmes bientôt revêtus ses habits de scaphandres. Il ne s'agissait plus que d'emboîter notre tête dans sa sphère métallique. Mais avant de procéder à cette opération, je demandais au capitaine la permission d'examiner les fusils qui nous étaient destinés.

L'un des hommes du Nautilus me présentait un fusil simple dont la crosse faite en tôle d'acier et creuse à l'intérieur était d'assez grandes dimensions. Elle servait de réservoir à l'air comprimé qu'une soupape manoeuvrée par une gâchette laissait échapper dans le tube de métal. Une boîte à projectiles, évidée dans l'épaisseur de la crosse, renfermait une vingtaine de balles électriques, qui, au moyen d'un ressort, se placait automatiquement dans le canon du fusil. Dès qu'un coup était tiré, l'autre était prêt à partir. « Capitaine Nemo, dis-je, cette arme est parfaite et d'un maniement facile. Je ne demande plus qu'elle essaye. Mais comment allons-nous gagner le fond de la mer ? »

« En ce moment, monsieur le professeur, le Nautilus s'est échoué par dix mètres d'eau. Et nous n'avons plus qu'à partir. » « Mais comment sortirons-nous ? » « Vous l'allez voir. » Le capitaine Nemo introduisit sa tête dans la calotte sphérique. « Conseillez-moi, nous enfilmes autant, non sans avoir entendu le Canadien nous lancer un « bonne chasse » ironique.

Le haut de notre vêtement était terminé par un collet de cuivre tarodé, sur lequel se vissait ce casque de métal. Trois trous, protégés par des vers épais, permettaient de voir suivant toutes les directions, rien qu'en tournant la tête à l'intérieur de cette sphère. Dès qu'elle fut en place, les appareils « rock'n'roll » placés sur notre dos commençaient à fonctionner, et, pour mon compte, je respirais à l'aise. La lampe rume corphe suspendue à ma ceinture, le fusil à la main, j'étais prêt à partir. Mais, pour être franc, emprisonné dans ces lourds vêtements et cloué au tille-ac par mes semelles de plomb, il m'eût été impossible de faire un pas.

Mais ce cas était prévu, car je sentis que l'on me poussait dans une petite chambre contiguë au vestiaire. Mes compagnons, également remorqués, me suivaient. J'entendis une porte, munie d'obturateurs, se refermer sur nous, et une profonde obscurité nous enveloppant. Après quelques minutes, un vif sifflement parvint à mon oreille. Je sentis une certaine impression de froid monter de mes pieds à ma poitrine.

Évidemment, de l'intérieur du bateau, on avait, par un robinet, donné entrée à l'eau extérieure qui nous envahissait, et dont cette chambre fut bientôt remplie. Une seconde porte, percée dans le flanc d'une otilusse, s'ouvrit alors. Un demi-jour nous éclairant. Un instant après, nos pieds foulaient le fond de la mer. Et maintenant, comment pourrais-je retracer les impressions que m'a laissé cette promenade sous les eaux ? Les mots sont impuissants à raconter de telles merveilles. Quand le pinceau lui-même est inhabil à rendre les effets particuliers à l'élément liquide, comment la plume saurait-elle les reproduire ?

Le capitaine Nemo marchait en avant, et son compagnon nous suivait à quelques pas en arrière. Conseillez-moi, nous restions l'un près de l'autre, comme si un échange de parole eût été possible à travers nos carapaces métalliques. Je ne sentais déjà plus la lourdeur de mes vêtements, de mes chaussures, de mon réservoir d'air, ni le poids de cette épaisse fer au milieu de laquelle ma tête ballottait comme une amande dans sa coquille. Tous ces objets, plongés dans l'eau, perdaient une partie de leur poids égal à celui du liquide déplacé, et je me trouvais très bien de cette loie physique reconnue par Archimède. Je n'étais plus une masse inerte, et j'avais une liberté de mouvement relativement grande.

La lumière, qui éclairait le sol jusqu'à 30 pieds au-dessous de la surface de l'océan, m'étonna par sa puissance. Les rayons solaires traversaient aisément cette masse aqueuse et en dissipaient la coloration. Je distinguais nettement les objets à une distance de 100 mètres. Au-delà, les fonds se nuançaient des fines dégradations de l'outre-mer, puis ils bleuissaient dans les lointains et s'effaçaient au milieu d'une vague obscurité. Véritablement, cette eau qui m'entourait n'était qu'une sorte d'air, plus dense que l'atmosphère terrestre, mais presque aussi diaphane.

Au-dessus de moi, j'apercevais la calme surface de la mer. Nous marchions sur un sable fin, uni, non ridé comme celui des plages qui conserve l'empreinte de la houle. Ce tapis éblouissant, véritable réflecteur, repoussait les rayons du soleil avec une surprenante intensité. De là, cette immense réverbération qui pénétrait toutes les molécules liquides. Serais-je cru si j'affirme qu'à cette profondeur de 30 pieds, j'y voyais comme en plein jour ?

Pendant un quart d'heure, je foulais ce sable ardent, semé d'une impalpable poussière de coquillage. La coque du Nautilus, dessinée comme un long écueil, disparaissait peu à peu, mais son fanal, lorsque la nuit se serait faite au milieu des eaux, devait faciliter notre retour à bord en projetant ses rayons avec une netteté parfaite. Effet difficile à comprendre pour qui n'a vu que sur terre ces nappes blanches âtre si vivement accusées. Là, la poussière dont l'air est saturée leur donne l'apparence d'un brouillard lumineux,

mais sur mer, comme sous mer, ces traits électriques se transmettent avec une incomparable pureté. Cependant nous allions toujours, et la vaste plaine de sable semblait être sans borne. J'écartais de la main les rideaux liquides qui se refermaient derrière moi, et la trace de mes pas s'effaçait soudain sous la pression de l'eau. Bientôt, quelques formes d'objets, à peine estompés dans l'éloignement, se dessinèrent à mes yeux. Je reconnus de magnifiques premiers plans de rochers, tapissés de zoophytes du plus bel échantillon, et je fus tout d'abord frappé d'un effet spécial à ce milieu.

Il était alors dix heures du matin. Les rayons du soleil frappaient la surface des flots sous un angle assez oblique, et au contact de leur lumière décomposée par la réfraction comme à travers un prisme, fleurs, rochers, plantules, coquillages, polypes se nuancer sur leurs bords des sept couleurs du spectre solaire. C'était une merveille, une fête des yeux que cet enchevêtrement de ton coloré, une véritable chaléidoscopie de verre, de jaune, d'orange, de violet, d'indigo, de bleu, en un mot, toute la palette d'un coloriste enragé. Que ne pouvais-je communiquer à conseil les vives sensations qui me montaient au cerveau, rivalisées avec lui d'interjections admiratives ?

Que ne savais-je, comme le capitaine Nemo et son compagnon, échanger mes pensées au moyen de signes convenus ? Aussi, faute de mieux, je me parlais à moi-même. Je criais dans la boîte de cuivre et qui coiffait ma tête, dépensant peut-être en vaines paroles plus d'air qu'il ne convenait. Devant ce splendide spectacle, conseil s'était arrêté comme moi. Évidemment, le digne garçon, en présence de ces échantillons de zoophytes et de mollusques, classé, classé toujours. Polypes et echinodermes abondés sur le sol.

Les hésices variées, les cornulaires qui vivent isolément, des touffes d'oculines vierges, désignées autrefois sous le nom de corail blanc, les fongies hérissées en forme de champignons, les anémones adhérents par leurs disques musculaires, figurait un parterre de fleurs émaillées de porpites parées de leurs colorettes de tentacules azurées, d'étoiles de mer qui constellait le sable et d'astérophytons verruqueux, fines dentelles brodées par la main des naïades, dont les festons se balançaient aux faibles ondulations provoquées par notre marche.

C'était un véritable chagrin pour moi d'écraser sous mes pas les brillants spécimens de mollusques qui jonchaient le sol par milliers, les peignes concentriques, les marteaux, les donasses, véritables coquilles bondissantes, les troques, les casques rouges, les strombes ailes d'anges, les aphysies et tant d'autres produits de cet inépuisable océan. Mais il fallait marcher, et nous allions en avant, pendant que voguè au-dessus de nos têtes, des troupes de fysali laissant leurs tentacules d'outre-mer flottées à la traîne,

des médiuses dont l'ombrelle opaline ou rose tendre festonnée d'un liston d'azur nous abritait des rayons solaires et des pélagies panopires qui dans l'obscurité eussent semé notre chemin de lueur phosphorescente. Toutes ces merveilles, je les entrevis dans l'espace d'un quart de mille, m'arrêtant à peine et suivant le capitaine Nemo qui me rappelait d'un geste. Bientôt, la nature du sol se modifia.

À la plaine de sable succéda une couche de vase visqueuse que les américains nomment oase, uniquement composée de coquilles silicieuses ou calcaires. Puis nous parcourions une prairie d'algues, plantes pélagiennes que les os n'avaient pas encore arrachées et dont la végétation était fougieuse. Ces pelous à tissus serrés, douces au pied,

eussent rivalisés avec les plumes mou et le tapis tissés par la main des hommes. Mais en même temps que la verdure s'étalait sous nos pas, elle n'abandonnait pas nos têtes. Un léger berceau de plantes marines, classées dans cette exubérante famille des algues dont on connaît plus de 2000 espèces, se croisait à la surface des eaux.

Je voyais flotter de longs rubans de fucus, les uns globuleux, les autres tubulés, des loranci, des cladostèphes aux feuillages sidélisés, des rhodimènes palmées semblables à des éventails de cactus. J'observais que les plantes vertes se maintenaient plus près de la surface de la mer,

tandis que les rouges occupaient une profondeur moyenne, laissant aux hydrophytes noirs ou brunes le soin de former les jardins et les parterres des couches reculées de l'océan. Ces algues sont véritablement un prodige de la création, une des merveilles de la flore universelle. Cette famille produit à la fois les plus petits et les plus grands végétaux du globe, car de même qu'on a compté 40 000 de ces imperceptibles plantules dans un espace de 5 mm²,

de même on a recueilli des fucus dont la longueur dépassait 500 mètres. Nous avions quitté le Nautilus depuis une heure et demie environ. Il était près de midi. Je m'en aperçus à la perpendicularité des rayons solaires qui ne se réfractaient plus. La magie des couleurs disparut peu à peu,

et les nuances de l'émeraude et du sapphire s'effacèrent de notre firmament. Nous marchions d'un pas régulier qui résonnait sur le sol avec une intensité étonnante. Les moindres bruits se transmettaient avec une vitesse à laquelle l'oreille n'est pas habituée sur la terre. En effet, l'eau est pour le son un meilleur véhicule que l'air, et il s'y propage avec une rapidité quadruple. En ce moment, le sol s'abaissa par une pente prononcée.

La lumière, prise une teinte uniforme, nous atteignit une profondeur de 100 mètres, subissant alors une pression de 10 atmosphères. Mais mon vêtement de scafandre était établi dans des conditions telles que je ne souffrais aucunement de cette pression. Je sentais seulement une certaine gêne aux articulations des doigts, et encore ce malaise ne tardât-il pas à disparaître. Quant à la fatigue que devait amener cette promenade de deux heures sous un arnauchement dont j'avais si peu l'habitude, elle était nulle.

Mes mouvements, aidés par l'eau, se produisaient avec une surprenante facilité. Arrivé à cette profondeur de 300 pieds, je percevais encore les rayons du soleil, mais faiblement. À leur éclat intense avait succédé un crépuscule rougeâtre, moyen terme entre le jour et la nuit. Cependant, nous voyions suffisamment à nous conduire, et il n'était pas encore nécessaire de mettre les appareils Rümkorf en activité. En ce moment, le capitaine Nemo s'arrêta.

Il attendit que je lui se rejoins, et du doigt, il me montra quelques masses obscures qui s'accusaient dans l'ombre à une petite distance. C'est la forêt de l'île Crespo, pensai-je, et je ne me trompais pas. Fin du chapitre 16 de la première partie.

CAPTIONS
Loading...