Chapter 1
Première partie, chapitre 22 de Vingt mille lieues sous les mers. Ceci est un enregistrement LibriVox. Tous nos enregistrements appartiennent au domaine public. Pour vous renseigner à notre sujet ou pour participer, rendez-vous sur LibriVox.org. Enregistré par Caroline Sophie.
Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne. Première partie, chapitre 22, La foudre du capitaine Nemo. Nous avions regardé du côté de la forêt sans nous lever, ma main s'arrêtant dans son mouvement vers ma bouche, celle de Nedland achevant son office.
« Une pierre ne tombe pas du ciel », dit Conseil, ou bien elle mérite le nom d'Aérolite. Une seconde pierre, soigneusement arrondie, qui enleva de la main de Conseil une savoureuse cuisse de ramiers, donna encore plus de poids à son observation.
Levez tous les trois le fusil à l'épaule, nous étions prêts à répondre à toute attaque. « Senses des singes ? » s'écria Nedland. « À peu près, répondit Conseil, ce sont des sauvages. « Au canot ! » dis-je en me dirigeant vers la mer.
Il fallait en effet battre en retraite, car une vingtaine de naturels, armés d'arcs et de frondes, apparaissaient sur la lisière d'un taï qui masquait l'horizon de droite à cent pas à peine. Notre canot était échoué à d'hitoises de nous. Les sauvages s'approchaient sans courir,
mais ils prodiguaient les démonstrations des plus hostiles. Les pierres et les flèches pleuvaient. Nedland n'avait pas voulu abandonner ses provisions, et, malgré l'imminence du danger, son cochon d'un côté, ses kangourous de l'autre,
il détaillait avec une certaine rapidité. En deux minutes, nous étions sur la grève. Charger le canot des provisions et des armes, le pousser à la mer, armer les deux avirons,
ce fut l'affaire d'un instant. Nous n'avions pas gagné deux encablures, que cent sauvages, hurlant et gesticulant, entrairent dans l'eau jusqu'à l'inceinture. Je regardais si leur apparition attirerait sur la plateforme quelques hommes du Nautilus,
mais non, l'énorme engin, couché au large, demeurait absolument désert. Vingt minutes plus tard, nous montions à bord, les panneaux étaient ouverts. Après avoir amarré le canot,
nous rentrâmes à l'intérieur du Nautilus. Je descendis au salon, d'où s'échappaient quelques accords. Le capitaine Nemo était là, courbé sur son orgue et plongé dans une extase musicale.
« Capitaine ! » lui dis-je. Il ne m'entendit pas. « Capitaine ! » repris-je en le touchant de la main.
Il frissonna et se retournant. « Ah, c'est vous, monsieur le professeur ? » me dit-il. « Eh bien, avez-vous fait bonne chasse ? Avez-vous herborisé avec succès ? »
« Oui, capitaine, » répondis-je. « Mais nous avons malheureusement ramené une troupe de bipèdes dont le voisinage me paraît inquiétant. » « Quelles bipèdes ? »
« Des sauvages. » « Des sauvages ? » répondit le capitaine Nemo d'un ton ironique. « Et vous vous étonnez, monsieur le professeur,
qu'ayant mis le pied sur une des terres de ce globe, vous y trouviez des sauvages ? » « Des sauvages ? » « Où n'y en a-t-il pas ? » « Et d'ailleurs, sont-ils pires que les autres,
ceux que vous appelez des sauvages ? » « Mais, capitaine, » « pour mon compte, monsieur, j'en ai rencontré partout. » Eh bien, répondis-je,
si vous ne voulez pas en recevoir à bord d'une otilus, vous ferez bien de prendre quelques précautions. « Tranquillez-vous, monsieur le professeur, il n'y a pas là de quoi se préoccuper. »
« Mais ces naturels sont nombreux. » « Combien en avez-vous compté ? » « Une centaine, au moins. » « Monsieur Aronax, » répondit le capitaine Nemo,
dont les doigts s'étaient replacés sur les touches de l'orgue. « Quand tous les indigènes de la Papouasie seraient réunis sur cette plage, le notilus n'aurait rien à craindre de leurs attaques. » Les doigts du capitaine couraient alors
sur le clavier de l'instrument et je remarquais qu'il n'en frappait que les touches noires, ce qui donnait à ces mélodies une couleur essentiellement écossaise. Bientôt il eut oublié ma présence et fut plongé dans une rêverie
que je ne cherchais plus à dissiper. Je remontais sous la plateforme. La nuit était déjà venue, car sous cette basse latitude, le soleil se couche rapidement et sans crépuscule.
Je n'aperçus plus que confusément l'île Guéborroir. Mais des feux nombreux, allumés sur la plage, attestaient que les naturels ne songaient pas à la quitter. Je restais seule ainsi pendant plusieurs heures, tantôt songeant ces indigènes mais sans les redouter autrement,
car l'imperturbable confiance du capitaine me gagnait, tantôt les oubliant pour admirer l'esplendeur de cette nuit des tropiques. Mon souvenir s'envolait vers la France à la suite de ces étoiles zodiacales
qui devaient l'éclairer dans quelques heures. La Lune resplendissait au milieu des constellations du zénith. Je pensais alors que ce fidèle et complaisant satellite reviendrait après demain à cette même place pour soulever ses ondes et arracher le Nautilus à son lit de coraux.
Vers minuit, voyant que tout était tranquille sur les flots assombris, aussi bien que sous les arbres du rivage, je regagnais ma cabine et je m'endormis paisiblement. La nuit s'écoulaçant mes aventures. Les Papouas s'effrayaient, sans doute,
à la seule vue du monstre échoué dans la baie, car les panneaux, restés ouverts, leur eussent offert un accès facile à l'intérieur du Nautilus. À 6 heures du matin, 8 janvier, je remontais sur la plateforme. Les ombres du matin se levaient.
L'île montra bientôt, à travers les brumes dissipées, ses plages d'abord, ses sommets ensuite. Les indigènes étaient toujours là, plus nombreux que la veille, 5 ou 600 peut-être. Quelques-uns, profitant de la marée basse,
s'étaient avancés sur les têtes de coraux à moins de deux encablures du Nautilus. Je les distinguais facilement. C'étaient bien de véritables Papouas, à taille athlétique, hommes de belles races, au front large et élevé,
aux négros mais non épatés, aux dents blanches, leurs cheveux durs laineuses, teintes en rouge, tranchées sur un corps noir et luisant comme celui des Nubiens. Au lobe de leurs oreilles, coupées et distendues, pendaient des chapeulets en os.
Ces selvages étaient généralement nus. Parmi eux, je remarquais quelques femmes habillées des hanches aux genoux, d'une véritable crinoline d'herbe que soutenait une ceinture végétale.
Certains chefs avaient orné leur coud'un croissant et de colliers de verre-autori, rouges et blanches. Presque tous, armés d'arcs, de flèches et de boucliers, portaient à leurs épaules une sorte de filet contenant ces pierres aux arrondis
que leurs frondes lancent avec adresse. Un de ces chefs, assez rapproché du Nautilus, l'examinait avec attention. Ce devait être un mado de haut rang, car il se drapait dans une hâte en feuilles de bananier,
dentelée sur ses bords et relevée d'éclatantes couleurs. J'aurais pu facilement abattre cet indigène qui se trouvait à petite portée, mais je cru qu'il valait mieux attendre des démonstrations véritablement hostiles.
Entre Européens et Sauvages, il convient que les Européens ripostes et n'attaquent pas. Pendant tout le temps de la marée basse, ces indigènes rodèrent près du Nautilus, mais ils ne se montrèrent pas bruyants.
Je les entendais répéter fréquemment le mot « assaï » et à leurs gestes je compris qu'ils m'invitaient à aller à terre, invitation que je crus de voir décliner. Donc, ce jour-là, le canot ne quitta pas le bord au grand déplaisir de Maître Land
qui ne put compléter ses provisions. Cet adroit canadien employa son temps à préparer les viandes et farines qu'il avait rapportées de l'île Guéborroir. Quant aux Sauvages, ils regagnèrent la terre vers 11 heures du matin dès que les têtes de corail commençèrent à disparaître
sous le flot de la marée montante. Mais je vis leurs nombres s'accroître considérablement sur la plage. Il était probable qu'ils venaient des îles voisines ou de la Papouasie proprement dites. Cependant, je n'avais pas aperçu une seule pirogue indigène.
N'ayant rien de mieux à faire, je songeais à draguer ces belles eaux limpides qui laissaient voir à profusion des coquilles, des eauxophytes et des plantes péléagiennes. C'était d'ailleurs la dernière journée que le Nautilus
allait passer dans ses parages si, toutefois, il flottait à la pleine mer du lendemain suivant la promesse du capitaine Nemo. J'appelais donc conseil qui m'apporta une petite drague légère à peu près semblable à celle qui serve à pêcher les huîtres.
Et ces sauvages me demandent un conseil. N'en déplaise un monsieur, il ne me semble pas très méchant. Ce sont pourtant des anthropophages, mon garçon. On peut être anthropophages et braves hommes, répondit conseil, comme on peut être gourmand et honnête.
L'un n'exclut pas l'autre. Bon, conseil, je t'accorde que ce sont d'honnêtes anthropophages et qu'ils dévorent honnêtement leurs prisonniers. Cependant, comme je ne tiens pas à être dévoré, même honnêtement, je me tiendrai sur mes gardes car le commandant du Nautilus
ne paraît prendre aucune précaution. Et maintenant, à l'ouvrage. Pendant deux heures, notre pêche fut activement conduite, mais sans apporter aucune rareté. La drague s'emplissait d'oreilles de Midas, de Harpe, de Mélanie
et particulièrement des plus beaux marteaux que j'eusse vus jusqu'à ce jour. Nous prîmes aussi quelques holothuries, des huîtres perlières et une douzaine de petites tortues qui furent réservées pour l'office du bord. Mais au moment où je m'y attendais le moins,
je mis la main sur une merveille, je devrais dire sur une deformité naturelle, très rare à rencontrer. Conseil venait de donner un coup de drague et son appareil remontait chargé de diverses coquilles assez ordinaires
quand tout d'un coup, il me vit plonger rapidement le bras dans le filet, en retirer un coquillage et pousser un cri de conchiliologue, c'est-à-dire le cri le plus perçant que puisse produire un gosier humain. « Hé, qu'a donc monsieur ? » demanda Conseil, très surpris.
« Monsieur a-t-il été mordu ? » « Non, mon garçon, et cependant, j'eusse volontiers payé d'un doigt ma découverte. » « Quelle découverte ? Cette coquille ! » dis-je en montrant l'objet de mon triomphe.
« Mais c'est tout simplement une olive porphyr, genre olive, ordre des pectinibranches, classe des gastéropodes, embranchement des mollusques. Oui, Conseil, mais au lieu d'être enroulé de droite à gauche, cette olive tourne de gauche à droite !
Est-il possible ? » s'écria Conseil. « Oui, mon garçon, c'est une coquille sénestre. » « Une coquille sénestre ? » répétait Conseil, le cœur palpitant.
« Regarde, s'aspire ! » « Ah, monsieur peut m'en croire ! » dit Conseil en prenant la précieuse coquille d'une main tremblante. « Mais je n'ai jamais éprouvé une émotion pareille. » Et il y avait de quoi être ému.
On sait, en effet, comme l'ont fait observer les naturalistes, que la dextrosité est une loi de nature. Les astres et leurs satellites, dans leurs mouvements de translation et de rotation, se meuvent de droite à gauche.
L'homme se sert plus souvent de sa main droite que de sa main gauche, et conséquemment, ses instruments et ses appareils, escaliers, serrures, ressorts de montres, etc., sont combinés de manière à être employés de droite à gauche. Or, la nature a généralement suivi cette loi
pour l'enroulement de ses coquilles. Elles sont toutes dextres, à de rares exceptions, et quand par hasard leur spire est sénestre, les amateurs les payent au poids de l'or. Conseil et moi nous étions donc plongés
dans la contemplation de notre trésor, et je me promettais bien d'en enrichir le muséum quand une pierre, malencontreusement lancée par un indigène, vint briser le précieux objet dans la main de Conseil. Je poussais un cri de désespoir
Conseil se jeta sur mon fusil et visait un sauvage qui balançait sa fronde à dix mètres de lui. Je voulut l'arrêter mais son cou partit et brisa le bracelet d'amulette qui pendait au bras de l'indigène. « Conseil ! » m'écriai-je.
« Conseil ! » « Hé, quoi ? » Monsieur ne voit-il pas que ce cannibale a commencé l'attaque. « Une coquille ne vaut pas la vie d'un homme ? » lui dis-je.
« Ah, le gueux ! » s'écria Conseil. J'aurais mieux aimé qu'il m'eût cassé l'épaule. Conseil était sincère, mais je ne fus pas de son avis. Cependant la situation avait changé depuis quelques instants
et nous en n'étions pas aperçus. Une vingtaine de pirogues entourait alors le Nautilus. Ces pirogues, creusées dans des troncs d'arbres, longues, étroites, bien combinées pour la marche, s'équilibraient au moyen d'un doux le balancier en bambou
qui flottait à la surface de l'eau. Elles étaient manœuvrées par d'adroits pagueilleurs à demi-nus et je ne les vis pas s'avancer sans inquiétude. C'était évident que ces papouas avaient déjà eu des relations avec les Européens
et qu'ils connaissaient leurs navires. Mais ce long cylindre de fer allongé dans la baie, sans mât, sans cheminée, que devait-il en penser ? Rien de bon,
car elles en étaient d'abord tenues à distance respectueuse. Cependant, nous voyant immobile, ils reprenaient peu à peu confiance et cherchaient à se familiariser avec lui. Or, c'était précisément cette familiarité
qu'il fallait empêcher. Nos armes, auxquelles la détonation manquait, ne pouvaient produire qu'un effet médiocre sur ces indigènes qui n'ont de respect que pour les engins bruyants. La foudre, sans l'erroulement du tonnerre,
effraierait peu les hommes, bien que le danger soit dans l'éclair, non dans le bruit. En ce moment, les pirogues s'approchèrent plus près d'une otilus
et une nuée de flèches s'abattit sur lui. « Diable, il grêle, dit conseil, et peut-être une grêle empoisonnée. Il faut prévenir le capitaine Nemo, dis-je en rentrant par le panneau.
Je descendis au salon, je n'y trouvais personne. Je me hasardais à frapper à la porte qui s'ouvrait sur la chambre du capitaine. « Entrez ! me répondit.
J'entrais et je trouvais le capitaine Nemo plongé dans un calcul où les X et autres signes algébriques ne manquaient pas. « Je vous dérange ? dis-je par politesse.
« En effet, monsieur Aronax, me répondit le capitaine, mais je pense que vous avez eu des raisons sérieuses de me voir. « Très sérieuses, les pirogues des naturels nous entourent
et dans quelques minutes, nous serons certainement assaillis par plusieurs centaines de sauvages. « Ah ? fit tranquillement le capitaine Nemo.
Ils sont venus avec leurs pirogues. « Oui, monsieur. « Eh bien, monsieur, il suffit de fermer les panneaux. « Précisément, et je venais vous dire,
rien n'est plus facile, dit le capitaine Nemo. « Et, pressant un bouton électrique, il transmit un ordre au poste de l'équipage. « Voilà qui est fait, monsieur,
me dit-il après quelques instants. Le canot est en place et les panneaux sont fermés. Vous ne craignez pas, j'imagine, que ces messieurs défonceuillent des murailles que les boulettes de votre frigate n'ont pu entamer ?
« Non, capitaine, mais il existe encore un danger. « Lequel, monsieur ? « C'est que demain, à part ailleurs, il faudra rouvrir les panneaux pour renouveler l'air du Nautilus.
« Sans contredis, monsieur, puisque notre bâtiment respire à la manière de cet assai. Or, si, à ce moment, les papois occupent la plateforme, je ne vois pas comment vous pourrez les empêcher d'entrer. « Alors, monsieur, vous supposez qu'ils monteront à bord ?
« J'en suis certain. « Eh bien, monsieur, qu'ils montent ! Je ne vois aucune raison pour les en empêcher. Au fond, ce sont de pauvres diables, ces papois, et je ne veux pas que ma visite à l'île des Géboroirs
coûte la vie à un seul de ces malheureux. « Cela dit, j'allais me retirer. Mais le capitaine Nemo me retint et m'invita à m'asseoir près de lui. Il me questionna avec intérêt
sur nos excursions à terre, sur nos chasses, et n'eût pas l'air de comprendre ce besoin de viande qui passionnait le Canadien. Puis la conversation effleura divers sujets et sans être plus communicatif,
le capitaine Nemo se montra plus aimable. Entre autres choses, nous en vîmes à parler de la situation du Nautilus précisément échouée dans ce détroit où du monde d'Urville fût sur le point de se perdre.
Puis à ce propos. « Ce fut un de vos grands marins, me dit le capitaine, un de vos plus intelligents navigateurs que ce d'Urville. C'est votre capitaine Cook, à vous autres, français. Infortuné savant,
avoir bravé les banquises du Pôle Sud, les coraux de l'Océanie, les cannibales du Pacifique pour périr mésirablement dans un train de chemin de fer si cet homme énergique a pu réfléchir
pendant les dernières secondes de son existence. Vous figurez-vous qu'elles ont dû être ses suprêmes pensées ? En parlant ainsi, le capitaine Nemo semblait ému et je porte cette émotion à son actif.
Puis la carte à la main nous revîme les travaux du navigateur français, ses voyages de circumnavigation, sa double tentative au Pôle Sud qui a mené à la découverte des terres Adélie et Louis-Philippe,
enfin ses levées hydrographiques des principales îles de l'Océanie. Ce que votre dure ville a à dire, que votre dure ville a fait à la surface des mers, me dit le capitaine Nemo, je l'ai fait à l'intérieur de l'Océan
et plus facilement, plus complètement que lui. L'astrolabe et la zélé incessamment ballottés par les ouragans ne pouvaient valoir le Nautilus, tranquille le cabillé de travail
et véritablement sédentaire au milieu des eaux. Cependant capitaine, dis-je, il y a un point de ressemblance entre les corvettes de Dumont-Durville et le Nautilus ? Lequel monsieur ?
C'est que le Nautilus s'est échoué comme elle ? Le Nautilus ne s'est pas échoué, monsieur, me répondit froidement le capitaine Nemo. Le Nautilus est fait pour reposer sur le lit des mers et les pénibles travaux,
les manoeuvres qu'imposa à Durville le renflouage de ses corvettes, je ne les entreprendrai pas. L'astrolabe et la zélé ont failli périr mais mon Nautilus ne court aucun danger.
Demain, aujourd'hui, à l'heure dite, la marée le soulèvera paisiblement et il reprendra sa navigation à travers les mers. Capitaine, dis-je, je ne doute pas, demain, ajouta le capitaine Nemo en se levant,
demain, à 2h40, minute du soir, le Nautilus flottera et quittera sans avarie le détroit de Torres. Ces paroles prononcées d'un ton très bref, le capitaine Nemo s'inclina légèrement.
C'était me donner congé et je rentrais dans ma chambre. Là, je trouvais conseil, qui désirait connaître le résultat de mon entrevue avec le capitaine. Mon garçon, répondis-je,
lorsque j'ai eu l'air de croire que son Nautilus était menacé par les naturels de la Papouasie, le capitaine m'a répondu très ironiquement. Je n'ai qu'une chose à dire,
ai confiance en lui et va dormir en paix. Monsieur n'a pas besoin de mes services ? Non, mon ami, que fait Nedland ? Que monsieur m'excuse, répondis conseil, mais l'ami Ned confectionne un pâté de kangourou
qui sera une merveille. Je restai seul, je me couchais, mais je dormis assez mal. C'était le bruit des sauvages
qui piétinaient sur la plateforme en poussant des crises assourdissants. La nuit se passant ainsi et sans que l'équipage sortis de son inertie habituelle.
Il ne s'inquiétait pas plus de la présence de ces cannibales que les soldats d'un fort blindé ne se préoccupent des fourmis qui courent sur son blindage.
À 6 heures du matin, je me levais, les panneaux n'avaient pas été ouverts. En toute occurrence, fonctionnaires à propos
et lançaient quelques mètres cubes d'oxygène dans l'atmosphère appauvrie du Nautilus. Je travaillais dans ma chambre jusqu'à midi sans avoir vu, même un instant, le capitaine Nemo.
On ne paraissait faire à bord aucun préparatif de départ. J'attendis quelques temps encore, puis je me rendis au grand salon. La pendule marquait 2h30.
Dans 10 minutes, le flot devait avoir atteint et si le capitaine Nemo n'avait point fait une promesse téméraire, le Nautilus serait immédiatement dégagé.
Sinon, bien des mois se passeraient avant qu'il puisse quitter son lit de corail. Cependant, quelques tressaillements avant-coureurs se firent bientôt sentir dans la coque du bateau.
J'entendis grincé sur son bordage les aspirités calcaires du fond corallien. À 2h35, le capitaine Nemo parut
dans le salon. « On va partir, » dit-il. « Ah, figes, j'ai donné l'ordre d'ouvrir les panneaux.
Et les papois ? » « Les papois ? » répondit le capitaine Nemo, haussant légèrement les épaules. « Ne vont-ils pas pénétrer
à l'intérieur du Nautilus ? Et comment ? En franchissant les panneaux que vous aurez fait ouvrir ? » « Monsieur Aronax, »
je regardais le capitaine. « Vous ne me comprenez pas, » me dit-il. « Aucunement. Eh bien, venez, et vous verrez.
Je me dirigeais vers l'escalier central. Là, Nedland et Conseil, très intrigués, regardaient quelques hommes de l'équipage qui ouvraient les panneaux,
tandis que des cris de rage et d'épouvantables vociférations résonnaient au dehors. Les mantelets furent rabattus extérieurement. Vingt figures horribles apparurent,
d'une de ces indigènes qui mit la main sur la rampe de l'escalier, rejetée en arrière par je ne sais quelle force invisible, s'enfuit, poussant des cris affreux
et faisant des gambades exorbitantes. Dix de ses compagnons du succédère, dix eurent le même sort. Conseil était dans l'extase. Nedland,
emporté par ses instincts violents, s'élança sur l'escalier. Mais, dès qu'il eut saisi la rampe à deux mains, il fut renversé à son tour. « C'est un câble ! » s'écria-t-il.
« Je suis foudroyé ! » Ce mot m'expliqua tout. Ce n'était plus une rampe, mais un câble de métal, tout chargé de l'électricité du bord
qui aboutissait à la plateforme. Quiconque la touchait ressentait une formidable secousse et cette secousse eût été mortelle si le capitaine Nemo eût lancé dans ce conducteur
tout le courant de ses appareils. On peut réellement dire qu'entre ces assaillants et lui, il avait tendu un réseau électrique que nul ne pouvait impunément franchir.
Cependant, les Papouas épouvantés avaient battu en retraite, affolés de terreur. Nous, moitié riant,
nous consolions et fricsonnions le malheureux Nedland qui jurait comme un possédé. Mais, en ce moment, le Nautilus,
soulevé par les dernières ondulations du flot, quitta son lit de corail dans cette quarantième minute exactement fixée par le capitaine. Son hélice bâtit les eaux
avec une majestueuse lenteur. Sa vitesse s'accrue peu à peu et, naviguant à la surface de l'océan, il abandonna sain et sauf les dangereuses
passes du détroit de Taurès. Fin du chapitre 22 de la première partie de la vidéo. Merci à tous pour votre attention.