chevron_left All chapters 20000 lieues sous les mers home Home

menu_book Chapter 2

from 20000 lieues sous les mers by Jules Verne — automated transcript, may contain recognition errors.

Deuxième partie, chapitre 9, de Vingt Milieux Sous les Mers. Ceci est un enregistrement LibriVox. Tous nos enregistrements appartiennent au domaine public. Pour vous renseigner à notre sujet ou pour participer, rendez-vous sur LibriVox.org. Enregistré par Caroline Sophie.

Vingt Milieux Sous les Mers par Jules Verne. Deuxième partie, chapitre 9, Un continent disparu. Le lendemain matin, 19 février, je visent entrer le Canadien dans ma chambre. J'attendais sa visite. Il avait l'air très désappointé.

Eh bien monsieur, me dit-il. Oui, il a fallu que ce damné capitaine s'arrêta précisément à l'heure où nous allions fuir son bateau. Oui, Ned, il avait affaire chez son banquier. Son banquier ? Ou plutôt sa maison de banque.

J'entends par là cet océan où ses richesses sont plus en sûreté qu'elles ne le seraient dans les caisses d'un état. Je racontais alors au Canadien les assignants de la veille, dans le secret espoir de le ramener à l'idée de ne point abandonner le capitaine. Mais mon récit n'eut d'autre résultat que le regret énergiquement exprimé par Ned de n'avoir pu faire pour son compte une promenade sur le champ du bataille de Vigo.

Enfin, dit-il, tout n'est pas fini. Ce n'est qu'un coup de harpons perdu. Une autre fois nous réussirons et dès ce soir s'il le faut. Quelle est la direction du Nautilus ? demandai-je. Je l'ignore, répondit Ned.

Eh bien, à midi nous verrons le point. Le Canadien retourna près de conseil. Dès que je fus habillé, je passais dans le salon. Le compas n'était pas rassurant. La route du Nautilus était sud-sud-ouest.

Nous tournions le dos à l'Europe. J'attendis avec une certaine impatience que le point fût reporté sur la carte. Vers onze heures et demie, les réservoirs se vidaient et notre appareil remonta à la surface de l'océan. Je m'élançai vers la plateforme.

Nedland m'y avait précidé. Plus de terre en vue. Rien que la mer immense. Quelques voiles à l'horizon. De celles sans doute qui vont chercher jusqu'au cap Saint-Roch

les vents favorables pour doubler le cap de Bonne-Espérance. Le temps était couvert. Un coup de vent se préparait. Ned rageant essayait de percer l'horizon brumeux. Il espérait encore que, derrière tout ce brouillard,

s'étendait cette terre si désirée. À midi, le soleil se montra à l'instant. Le second profita de cette éclaircie pour prendre sa hauteur. Puis, la mer devenant plus houleuse, nous redescendîmes et le panneau fut refermé.

Une heure après, lorsque je consultais la carte, je vis que la position du Nautilus était indiquée par 16°17' de longitude et 33°27' de latitude à 150 lieues de la côte la plus rapprochée. Il n'y avait pas moyen de songer à fuir, et je laisse à penser quelles furent les colères du Canadien

quand je lui fis connaître notre situation. Pour mon compte, je ne me désolais pas outre mesure. Je me sentis comme soulagé du poids qui m'oppressait, et je puis reprendre avec une sorte de calme relative mes travaux habituels. Le soir, vers 11h, je reçus la visite très inattendue du capitaine Nemo.

Il me demanda fort gracieusement si je me sentais fatiguée d'avoir veillé la nuit précédente. Je répondis négativement. Alors, monsieur Aronax, je vous proposerai une curieuse excursion. Proposé, capitaine, vous n'avez encore visité les fonds sous-marins que le jour,

et sous la clarté du soleil, vous conviendrez-ils de les voir par une nuit obscure ? Très volontiers. Cette promenade sera fatigante, je vous en préviens. Il faudra marcher longtemps et gravir une montagne. Les chemins ne sont pas très bien entretenus.

Ce que vous me dites là, capitaine, redouble ma curiosité. Je suis prête à vous suivre. Venez donc, monsieur le professeur, nous allons revêtir nos scaphandres. Arrivé aux vestiaires, je vis que ni mes compagnons, ni aucun homme de l'équipage ne devait nous suivre pendant cette excursion.

Le capitaine Nemo ne m'avait même pas proposé d'emmener l'aide ou conseil. En quelques instants, nous eûmes revêtus nos appareils. On plaça sur notre dos les réservoirs abondamment chargés d'air, mais les lampes électriques n'étaient pas préparées. Je le fis observer au capitaine.

Elle nous serait inutile, répondit-il. Je creus avoir mal entendu, mais je ne pus réitérer mon observation, car la tête du capitaine avait déjà disparu dans son enveloppe métallique. J'achevais de me harnacher, je sentis qu'on me plaçait dans la main un bâton ferré et, quelques minutes plus tard, après la manœuvre habituelle,

nous prenions pied sur le fond de l'Atlantique, à une profondeur de 300 mètres. Minuit approchait. Les eaux étaient profondément obscures, mais le capitaine Nemo me montra dans le lointain un point rougeâtre, une sorte de large lueur qui brillait à 2000 environ du Nautilus. Ce qu'était ce feu ? Quelle matière l'alimentait ?

Pourquoi et comment il se revivifiait dans la masse liquide ? Je n'aurais pu le dire. En tout cas, il nous éclairait. Vaguement, il est vrai, mais je m'acoutumais bientôt à ces ténèbres particulières et je compris, dans cette circonstance, l'inutilité des appareils Ruhmkorf.

Le capitaine Nemo et moi, nous marchions l'un près de l'autre, directement sur le feu signalé. Le sol plat montait insensiblement. Nous faisions de larges enjambées, nous aidant du bâton, mais notre marche était lente en somme,

car nos pieds s'enfonçaient souvent dans une sorte de vase pétrie avec des algues et semées de pierre plate. Tout en avançant, j'entendais une sorte de grésillement au-dessus de ma tête. Ce bruit redoublait parfois et produisait comme un pétillement continu. J'en compris bientôt la cause.

C'était la pluie qui tombait violemment, crépitant la surface des flots. Instinctivement, la pensée me vint que j'allais être trempé par l'eau, au milieu de l'eau. Je ne puis m'empêcher de rire à cette idée baroque. Mais pour tout dire, sous l'épaisse habille du scaphandre,

on ne sent plus le liquide élément et l'on se croit au milieu d'une atmosphère un peu plus dense que l'atmosphère terrestre. Voilà tout. Après une demi-heure de marche, le sol devint rocailleux.

Les méduses, les crustacés microscopiques, les pénatules l'éclairaient légèrement de lueurs phosphorescentes. J'entremoyais des monceaux de pierre que couvraient quelques millions de zoophites et des fouilles d'algues. Le pied me glissait souvent sur ces visqueux tapis de varec

et, sans mon bâton ferré, je serais tombé plus d'une fois. En me retournant, je voyais toujours le fanal blanchâtre du Nautilus qui commençait à pâlir dans l'éloignement. Ces amoncellements pierreux dont je viens de parler étaient disposés sur le fond océanique

suivant une certaine régularité que je ne m'expliquais pas. J'aperçvais de gigantesques sillons qui se perdaient dans l'obscurité lointaine et dont la longueur échappuait à toute évaluation. D'autres particularités se présentaient aussi

que je ne savais admettre. Il me semblait que mes lourdes semelles de plomb écrasaient une litière d'ossements qui craquait avec un bruit sec. Qui était donc cette vaste plaine que je parcourais ainsi ?

J'aurais voulu interroger le capitaine, mais son langage par signe qui lui permettait de causer avec ses compagnons lorsqu'il le suivait dans ses excursions sous-marines était encore incompréhensible pour moi.

Cependant, la clarté rougeâtre qui nous guidait s'accroissait et enflamait l'horizon. La présence de ce feu sous les eaux m'intriguait au plus haut degré. Etait-ce quelque influence électrique qui se manifestait ?

Allais-je vers un phénomène naturel encore inconnu des savants de la Terre ? Ou même, car cette pensée traversa mon cerveau, la main de l'homme intervenait-elle dans cet embrasement ? Soufflait-elle cet incendie ?

Devais-je rencontrer sous ces couches profondes des compagnons, des amis du capitaine Nemo, vivant comme lui de cette existence étrange et auxquels il allait rendre visite ? Trouverais-je là-bas toute une colonie d'exilés

qui, lastes et misères de la Terre, avaient cherché et trouvé l'indépendance au plus profond de l'océan ? Toutes ces idées folles, inadmissibles, me poursuivaient et dans cette disposition d'esprit,

surexcité sans cesse par la série de merveilles qui passaient sous mes yeux, je n'aurais pas été surpris de rencontrer au fond de cette mer une de ces villes sous-marines que rêvait le capitaine Nemo.

Notre route s'éclairait de plus en plus. La mer s'éclatissante rayonnait au sommet d'une montagne haute de 800 pieds environ, mais ce que j'apercevais n'était qu'une simple réverbération développée par le cristal des couches d'eau.

Le foyer, source de cette inexplicable clarté, occupait le versant opposé de la montagne. Au milieu des dédales pierreux qui sillonnaient le fond de l'Atlantique, le capitaine Nemo s'avançait sans hésitation.

Il connaissait cette sombre route. Il l'avait souvent parcourue sans doute et ne pouvait s'y perdre. Je le suivais avec une confiance inébranlable. Il m'apparaissait comme un des génies de la mer

et quand il marchait devant moi, j'admirais sa haute stature qui se découpait en noir sur le fond lumineux de l'horizon. Il était une heure du matin. Nous étions arrivés aux premières rampes de la montagne.

Mais pour les aborder, il fallut s'aventurer par les sentiers difficiles d'un vaste taillis. Oui, un taillis d'arbres morts, sans feuilles, sans sèvres, arbres minéralisés sous l'action des eaux et que dominaient ça et là des pains gigantesques.

C'était comme une houillère encore debout, tenant par ses racines au sol effondré et dont la ramure, à la manière des fines découpures de papier noir, se destinait nettement sur le plafond des eaux.

Que l'on se figure une forêt du Hartst accrochée au flanc d'une montagne, mais une forêt engloutie, les sentiers étaient encombrés d'algues et de fucus entre lesquels grouillait un monde de crustacés.

J'allais, gravissant les rocs, enjambant les troncs étendus, brisant les lianes de mer qui se balançaient d'un arbre à l'autre et farouchant les poissons qui volaient de branche en branche. Entrainé, je ne sentais plus la fatigue,

je suivais mon guide qui ne se fatiguait pas. Quel spectacle ! comment le rendre, comment peindre l'aspect de ces bois et de ces rochers dans ce milieu liquide, leurs dessous sombres et farouches,

leurs dessus colorés de ton rouge et de la haine, et de la glace de la lumière que doublait la puissance réverbérante des eaux ? Nous gravissions des rocs

qui s'éboulaient ensuite par pans énormes avec un sourd rondement d'avalanches, à droite, à gauche, se creusait de ténébreuses galeries où se perdait le regard.

Ici s'ouvrait de vastes clairières que la main de l'homme semblait avoir dégagé, et je me demandais parfois si quelques habitants de ces régions sous-marines n'allaient pas tout à coup m'apparaître.

Je me demandais si je pouvais aller à l'intérieur de ces glaces de lumière, je le suivais ardemment. Mon bâton me prêtait un utile secours. Un faux pas eût été dangereux

sur ces étroites passes évidées au flanc des gouffres, mais j'y marchais d'un pied ferme et sans ressentir l'ivresse du vertige. Tantôt, je sautais une crevasse dont la profondeur m'eût fait reculer

au milieu des glaciers de la Terre. Tantôt, je m'aventurais sous le tronc vacillant des arbres jetés d'un abîme à l'autre sans regarder sous mes pieds, dans le site sauvage de cette région.

Là, des rocs monumentaux penchant sur les bases irrégulièrement découpées semblaient défier les lois de l'équilibre. Entre leurs genoux de pierre, des arbres poussaient

comme un jet sous une pression formidable et soutenaient ceux qui les soutenaient eux-mêmes. Puis, des tours naturels de larges pans taillés à piques comme des courtines

s'inclinaient sous un angle que les lois de la gravitation n'eussent pas autorisées à la surface des régions terrestres. Et moi-même ne sentais-je pas cette différence due à la puissante densité de l'eau

quand, malgré mes lourds vêtements, ma tête de cuivre, mes semelles de métal, je m'élevais sur des pentes d'une impraticable raideur les franchissant pour ainsi dire

avec la légèreté d'un isard ou d'un chamois. Au récit que je fais de cette excursion sous les eaux, je sens bien que je ne pourrais être vraisemblable. Je suis l'historien des choses

d'apparence impossible qui sont pourtant réelles, incontestables. Je n'ai point rêvé, j'ai vu et senti. Deux heures après avoir quitté le Nautilus,

nous avions franchi la ligne des arbres et, à cent pieds au-dessus de nos têtes, se dressait le pic de la montagne dont la projection faisait ombre sur l'éclatante irradiation du versant opposé.

Quelques arbres iso-pétrifiés couraient ça et là en zig-zag grimassant. Les poissons se levaient en masse sous nos pas comme des oiseaux surpris dans les hautes herbes.

La masse rocheuse était creusée d'impénétrables enfractuosités, de grottes profondes, d'insondables trous au fond desquels j'entendais remuer des choses formidables.

Le sang me refluait jusqu'au cœur quand j'apercevais une antenne énorme qui me barrait la route ou quelques pins s'effrayant se refermant avec bruit dans l'ombre des cavités.

Des milliers de points lumineux brillaient au milieu des ténèbres. C'étaient les yeux de crustacés gigantesques tapis dans leurs tanières, des homards géants se redressant comme des halleux bardiers

et rémuant leurs pattes avec un cliquetis de ferraille, des crabes titanesques braqués comme des canons sous leurs affûts, et des poulpes effroyables entrelaçant

leurs tentacules comme une broussaille vivante de serpents. Quel était ce monde exorbitant que je ne connaissais pas encore ? À quel ordre appartenaient

ces articulés auxquels le roc formait comme une seconde carapace ? Où la nature avait-elle trouvé le secret de leur existence de la violence végétative ?

Et depuis combien de siècles vivaient-ils ainsi dans les dernières couches de l'océan ? Mais je ne pouvais m'arrêter. Le capitaine Nemo, familiarisé avec ces terribles animaux,

n'y prenait plus garde. Nous étions arrivés à un premier plateau où d'autres surprises m'attendaient encore. Là, se dessinaient de pittoresques ruines qui trahissaient la main de l'homme,

non plus celle du créateur. C'étaient de vastes amoncellements de pierres, où l'on distinguait des vagues formes de châteaux, de temples revêtus d'un monstre

de zoophytes en fleurs, et auxquels, au lieu de lierre, les algues et les fucusses faisaient un épais manteau végétal. Mais qui était-ce donc cette portion

du globe engloutie par les cataclysmes ? Qui avait disposé ces roches et ces pierres comme des dolmaines des temps hantés historiques ?

Où étais-je ? Où m'avait entraîné la fantaisie du capitaine Nemo ? Je aurais voulu l'interroger, ne le pouvant, je l'arrêtais. Je saisis son bras,

mais lui, secouant la tête et me montrant le dernier sommet de la montagne, sembla me dire « Viens, viens encore, viens toujours ! »

Je le suivis dans un dernier élan et, en quelques minutes, je gravis le pic qui dominait d'une dizaine de mètres toute cette masse rocheuse. Je regardais ce côté

que nous venions de franchir. La montagne ne s'élevait que de 7 à 800 pieds au-dessus de la plaine, mais de son versant imposé, elle dominait d'une hauteur double,

le fond, en contrebas de cette portion de l'Atlantique. Mes regards s'étendaient au loin et embrassaient un vaste espace éclairé par une fulguration violente. En effet,

c'était un volcan que cette montagne. À 50 pieds au-dessous du pic, au milieu d'une pluie de pierre et de scouries, un large cratère vomissait des torrents de lave

qui se dispersaient en cascade de feu au sein de la masse liquide. Ainsi posé, ce volcan, comme un immense flambeau, éclairait la plaine inférieure

jusqu'aux dernières limites de l'horizon. J'ai dit que le cratère sous-marin rejetait des laves, mais non des flammes. Il faut aux flammes l'oxygène de l'air et elles ne sauraient se développer sous les eaux,

mais des coulées de lave, qui ont en elle le principe de leur incandescence, peuvent se porter au rouge blanc, lutter victorieusement contre l'élément liquide et se vaporiser à son contact.

De rapides courants entraînaient tous ces gaz en diffusion et les torrents de la veque glissaient jusqu'au bas de la montagne comme l'éjection du Vésuve

sous un autre tor del Greco. En effet, là, sous mes yeux, ruinés, abîmés, jetés bas, apparaissait une ville détruite,

ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colonnes gisant à terre, et chantait encore les solides proportions d'une sorte d'architecture toscane.

Plus loin, quelque reste d'un gigantesque aqueduc, ici, l'exocement empaté d'une acropole, avec les formes flottantes d'un partenon, là, des vestiges de quai,

comme si quelque antique port eût abrité jadis sur les bords d'un océan disparu, les vaisseaux marchands et les triremes de guerre. Plus loin encore, de longues lignes de murailles écroulées,

de larges rues désertes, toute une pond-pays enfouies sous les eaux, que le capitaine Nemo ressuscitait à mes regards. Où étais-je ? Où étais-je ?

Je voulais le savoir à tout prix, je voulais parler, je voulais arracher la sphère de cuivre qui emprisonnait ma tête. Mais le capitaine Nemo vint à moi

et m'arrêta d'un geste. Puis, ramassant un morceau de pierre craieuse, il s'avança vers un roc de basalte noir et traça ce seul mot

Atlantide. Quel éclair traversa mon esprit ! L'Atlantide, l'ancienne méropie de Théopompe, l'Atlantide de Platon,

ce continent nié par origène porphyr, jamblic, d'enville, maltebrun, humboldt, qui mettait sa disparition au compte des récits légendaires

admis par Pocidonius, Plin, Amiens-Marcelin, Tertulin, Engel, Scherer, Thunefort, Buffon, Davesac, je l'avais là,

sous les yeux, portant encore des irrécusables témoignages de sa catastrophe. C'était donc cette région engloutie qui existait en dehors de l'Europe,

de l'Asie, de la Libye, au-delà des colonnes d'Hercule, où vivait ce peuple puissant des Atlantes contre lequel se firent les premières guerres de l'ancienne Grèce.

L'historien qui a consigné dans ses égris les haut faits de ses temps héroïques, ses Platons lui-même. Son dialogue de Timée et de Critias a été, pour ainsi dire, tracé sous l'inspiration

de Solon, poète et législateur. Un jour, Solon s'entretenait avec quelques sages vieillards de Saïs, ville déjà vieille de 800 ans, ainsi que le témoigné Cézanne

le gravait sur le mur sacré de ses temples. L'un de ces vieillards raconta l'histoire d'une autre ville, plus ancienne de mille ans. Cette première cité athénienne,

âgée de 900 siècles, avait été envahie et en partie détruite par les Atlantes. D'ici-dit-il, occupait un continent immense, plus grand que l'Afrique et l'Asie réunies,

qui couvrait une surface comprise du 12e degré de latitude au 40e degré nord. Leur domination s'étendait même à l'Egypte. Ils voulurent l'imposer jusqu'en Grèce,

mais ils vurent se retirer devant l'indomptable résistance des Hélènes. Des siècles s'écoulèrent, un cataclysme se produisit, inondation, tremblement de terre.

Une nuit et un jour suffirent à l'anéantissement de cette Atlantide dont les plus hauts sommets, Madère, les Assors, les Canaries, les Îles du Cap-Vert

émergent encore. Tels étaient ces souvenirs historiques que l'inscription du capitaine Nemo faisait palpiter dans mon esprit.

Ainsi donc, conduit par la plus étrange destinée, je foulais du pied l'une des montagnes de ce continent. Je touchais de la mince et ruine mille fois séculaires

et contemporaines des époques géologiques. Je marchais là-même où avaient marché les contemporains du premier homme. J'écrasais sous mes lourdes semelles ces squelettes d'animaux

des temps fabuleux, que ces arbres, maintenant minéralisés, couvraient autrefois de leur ombre. Ah ! Pourquoi le temps me manquait-il ? J'aurais voulu

descendre les pentes abruptes de cette montagne, parcourir en entier ce continent immense qui sans doute reliait l'Afrique à l'Amérique, et visiter ces grandes cités antédiluviennes.

Là, peut-être, sous mes regards, s'étendait Makimos, la guérie, Eusebès, la pieuse, dont les gigantesques habitants vivaient des siècles entiers, et auxquels la

force ne manquait pas pour entasser ces blocs qui résistaient encore à l'action des eaux. Un jour, peut-être, quelques phénomènes éruptifs les ramenera à la surface des flots,

siruines, englouties. On a signalé de nombreux volcans sous-marins dans cette portion de l'océan. Eh bien, les navires ont senti des secousses extraordinaires en passant sur ces fonds tourmentés. Les uns ont entendu

des bruits sourds qui annonçaient la lutte profonde de des éléments, les autres ont recueilli des cendres volcaniques projetées hors de la mer. Tout ce sol jusqu'à l'équateur est encore

travaillé par ces forces plutoniennes. Et qui sait si, dans une époque éloignée, accrue par les déjections volcaniques et par les couches successives de lave, des sommets de montagnes inivomes

n'apparaîtront pas à la surface de l'Atlantique. Pendant, quand je rêvais ainsi, tandis que je cherchais à fixer dans mon souvenir tous les détails de ce paysage grandiose, le capitaine Nemo, accoudé

sur une stèle moussue, demeurait immobile et comme putrifié dans une muette extase, sangait-il à ces générations disparues et leur demandait-il le secret de la destinée humaine ?

Était-ce à cette place que cet homme étrange venait se retrempé dans les souvenirs de l'histoire et revivre de cette vie antique, lui qui ne voulait pas de la vie moderne ?

Que n'aurais-je donné pour connaître ses pensées, pour les partager, pour les comprendre ? Nous restâmes à cette place pendant une heure entière, contemplant la vaste plaine sous l'éclat

des laves qui prenait parfois une intensité surprenante. Les bouillonnements intérieurs faisaient courir de rapides frissonnements sur l'écorce de la montagne. Des bruits profonds,

nettement transmis par ce milieu liquide, se répercutaient avec une majestueuse ampleur. En ce moment, la Lune apparut un instant à travers la masse des eaux et

jeta quelques pas le rayon sur le continent de l'Otis. Ce fut qu'une lueur, mais d'un indescriptible effet. Le capitaine se leva, jeta un dernier regard à cette immense plaine,

puis, de la main, il me fit signe de le suivre. Nous descendîmes rapidement de la montagne. La forêt minérale une fois dépassée, j'aperçus le final d'une otilus qui

brillait comme une étoile. Le capitaine marcha droit à lui, et nous étions rentrés à bord au moment où les premières teintes de l'aube blanchissaient la surface de l'océan.

Fin du chapitre 9 de la deuxième partie.

CAPTIONS
Loading...