Chapter 2
Deuxième partie, chapitre 17 de Vingt mille lieues sous les mers. Ceci est un enregistrement LibriVox. Tous nos enregistrements appartiennent au domaine public. Pour vous renseigner à notre sujet ou pour participer, rendez-vous sur LibriVox.org. Enregistré par Caroline Sophie.
Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne. Deuxième partie, chapitre 17 du Cap Horn à l'Amazon. Comment étais-je sur la plateforme, je ne saurais le dire. Peut-être le Canadien m'y avait-il transporté. Mais je respirais, je humais l'air vivifiant de la mer.
Mes deux compagnons s'enivraient près de moi de ces fraîches molécules. Les malheureux, trop longtemps privés de nourriture, ne peuvent se jeter inconsidérément sur les premiers aliments qu'on leur présente. Nous, au contraire, nous n'avions pas à nous modérer. Nous pouvions aspirer à plein poumon les atomes de cette atmosphère,
et c'était la brise, la brise elle-même qui nous versait de cette voluptueuse ivresse. Ah ! faisait conseil, que c'est bon l'oxygène, que monsieur ne craigne pas de respirer, il y en a pour tout le monde. Quand à Nederland, il ne parlait pas, mais il ouvrait des mâchoires à effrayer un requin. Et quelles puissantes aspirations !
Le Canadien tirait comme un poil en pleine combustion. Les forces nous revinrent promptement, et lorsque je regardais autour de moi, je vis que nous étions seuls sur la plateforme. Aucun homme de l'équipage, pas même le capitaine Nemo. Les étranges marins du Nautilus se contentaient de l'air qui circulait à ta l'intérieur.
Aucun n'était venu se délecter en pleine atmosphère. Les premières paroles que je prononçais, furent des paroles de remerciement et de gratitude pour mes deux compagnons. Ned et conseil avaient prolongé mon existence pendant les dernières heures de cette longue agonie. Toute ma reconnaissance ne pouvait payer trop un tel démouvouement.
Bon, monsieur le professeur, me répondit Nedland, cela ne vaut pas la peine d'en parler. Quel mérite avons-nous eu à cela ? Aucun. Ce n'était qu'une question d'arithmétique. Votre existence valait plus que la nôtre, donc il fallait la conserver ?
Non, Ned, répondis-je, elle ne valait pas plus. Personne n'est supérieur à un homme généreux et bon, et vous l'êtes. C'est bien, c'est bien, répétait le Canadien, embarrassé. Et toi, mon brave conseil, tu as bien souffert ? Mais pas trop, pour tout dire, monsieur.
Il me manquait bien quelques gorges et d'air, mais je crois que je m'y serais fait. D'ailleurs, je regardais monsieur qui se paamait et cela ne me donnait pas la moindre envie de respirer. Cela me coupait, comme on dit, la respire. Conseil, qu'on fût de s'être jetés dans la banalité n'achva pas. Mes amis, répondis-je, vivement ému, nous sommes liés les uns aux autres pour jamais
et vous avez sur moi des droits dont j'abuserais, risquota le Canadien. Hein ? fit conseil. Oui, reprit Nedland, le droit de vous entraîner avec moi quand je quitterai cet infernal Nultidus. Au fait, dit conseil, allons-nous du bon côté ? Oui, répondis-je, puisque nous allons du côté du soleil et ici le soleil c'est le nord.
Sans doute, reprit Nedland, mais il reste à savoir si nous rallions le Pacifique ou l'Atlantique, c'est-à-dire les mers fréquentées ou désertes. A cela, je ne pouvais répondre et je craignais que le capitaine Nemo ne nous ramena plutôt vers ce vaste océan qui baigne à la fois les côtes de l'Asie et de l'Amérique. Il compléterait ainsi son tour du monde sous-marin et reviendrait vers ces mers
où le Nultidus trouvait la plus entière indépendance. Mais si nous retournions au Pacifique, loin de toute terre habitée, que devenaient les projets de Nedland ? Nous devions avant peu être fixés sur ce point important. Le Nultidus marchait rapidement.
Le cercle polaire fut bientôt franchi et le cap mit sur le promontoire de Horn. Nous étions par le travers de la pointe américaine le 31 mars à 7 heures du soir. Alors, toutes nos souffrances passées étaient oubliées. Le souvenir de cet emprisonnement dans les glaces s'effaçait de notre esprit. Nous ne songeons qu'à l'avenir.
Le capitaine Nemo ne paraissait plus, ni dans le salon, ni sur la plateforme. Le point reporté chaque jour sur le planisphère et fait par le second me permettait de relever la direction exacte du Nultidus. Or, ce soir-là, il devint évident à ma grande satisfaction que nous revenions au nord, par la route de l'Atlantique.
J'apprise au Canadien et à conseil le résultat de mes observations. « Bonne nouvelle, répondit le Canadien, mais où va le Nultidus ? Je ne saurais le dire, Ned. Son capitaine voudrait-il, après le pôle sud, affronter le pôle nord et revenir au Pacifique par le fameux passage du nord-ouest ?
Il ne faudrait pas l'en défier, répondit conseil. Eh bien, dit le Canadien, nous lui fausserons compagnie auparavant. En tout cas, ajoute à conseil, c'est à maître-homme que ce capitaine Nemo et nous ne regretterons pas de l'avoir connu, surtout quand nous l'aurons quitté, risquotat Nedland.
Le lendemain, 1er avril, lorsque le Nultidus remonta à la surface des flots, quelques minutes avant midi, nous eûmes connaissance d'une côte à l'ouest. C'était la terre de feu, à laquelle les premiers navigateurs donnaient ce nom en voyant les fumées nombreuses qui s'élevaient des huttes indigènes. Cette terre de feu forme une vaste agglomération d'îles
qui s'étend sur 30 lieues de long et 80 lieues de large, entre 53 degrés et 56 degrés de latitude australe et 67 degrés et 50 minutes et 77 degrés et 15 minutes de longitude ouest. La côte me parut basse, mais au loin se dressaient de hautes montagnes. Je crus même entrevoir le Mont Sarmiento, élevé de 2070 mètres
au-dessus du niveau de la mer, bloc pyramidal de schiste, à sommet très aigu qui, suivant qu'il est voilé ou dégagé de vapeur, annonce le beau ou le mauvais temps, me dit Nedland. Un fameux baromètre, mon ami. Oui, monsieur, un baromètre naturel qui ne m'a jamais trompé
quand je naviguais dans les passes du détroit de Magellan. En ce moment, ce pic nous parut nettement découpé sur le fond du ciel. C'était un présage de beau temps, il se réalisa. L'autilus rentrait sous les eaux, se rapprocha de la côte qu'il prolongea à quelques milles seulement.
Par les vitres du salon, je vis de longues lianes, et des fucusses gigantesques, ces varecks porte-poires, dont la mer libre du pôle renfermait quelques échantillons. Avec leurs filaments visqueux et polis, ils mesuraient jusqu'à 300 mètres de longueur. Véritables câbles, plus gros que le pouce, très résistants.
Ils servent souvent d'amars, aux navires. Une autre herbe, connue sous le nom de velpe, à feuilles longues de quatre pieds, empâtée dans des concrétions coraligènes, tapissait les fonds. Elle servait de nids et de nourriture à des myriades de crustacés et de mollusques, des crabes, des sèches.
Là, les phoques et les loutres se livraient à de splendides repas, mélangeant la chair du poisson et les légumes de la mer, suivant la méthode anglaise. Sur ces fonds gras et luxuriants, l'autilus passait avec une extrême rapidité. Vers le soir, il se rapprocha de l'archipel des Malouines,
dont je pus, le lendemain, reconnaître les apres-sommets. La profondeur de la mer était médiocre. Je pensais donc, non sans raison, que ces deux îles, entourées d'un grand nombre d'îlots, faisaient autrefois partie des terres magélaniques. Les Malouines furent probablement découvertes par le célèbre John Davis,
qui leur imposa le nom de Davis Southern Islands. Plus tard, Richard Hawkins les appela Maiden Islands, îles de la Vierge. Elles furent ensuite nommées Malouines, au commencement du XVIIIe siècle, par des pêcheurs de Saint-Malo, et enfin Falkland,
par les Anglais, auxquels elles appartiennent aujourd'hui. Sur ces parages, nos filets rapportèrent de beaux spécimens d'algues, et particulièrement à certains fucusses, dont les racines étaient chargées de moules, qui sont les meilleurs du monde. Les Malouines sont aussi des pêches,
et prirent place bientôt dans les offices du bord. En fait de poissons, j'observais spécialement des osseux appartenant au genre goby, et surtout des boulerots, longs de 2 décimètres, tout parsemé de taches blanchâtres et jaunes. J'admirai également de nombreuses méduses, et les plus belles du genre,
les chrysaores particulières aux mères des Malouines. La vie de ligne d'un rouge brun est terminée par 12 festons réguliers. Tantôt, c'était une corbeille renversée, d'où s'échappait gracieusement de larges feuilles et de longues ramilles rouges. Elles nageaient en agitant leurs quatre bras foliacés,
et laissaient pendre dans la dérive leur opulente chevelure de tentacule. J'aurais voulu conserver quelques échantillons de ces délicats zoophytes, mais ce ne sont qu'un des nuages, des ombres, des apparences, qui fondent et s'évaporent hors de leur élément natal. Lorsque les dernières hauteurs des Malouines
eurent disparu sous l'horizon, le Nautilus s'immergea entre 20 et 25 mètres et suivit la côte américaine. Le Capitaine Nemo ne se montrait pas. Jusque 3 avril, nous ne quittâmes pas les parages de la Patagonie, tantôt sous l'océan, tantôt à sa surface.
Le Nautilus dépassa le large estuaire formé par l'embouchure de la Plata, et se trouva, le 4 avril, par le travers de l'Uruguay, mais à 50 milles au large. Sa direction se maintenait au nord et il suivait les longues sinuosités de la Mérite méridionale. Nous avions fait alors 16 mille lieux
depuis notre embarquement dans les mers du Japon. Vers 11 heures du matin, le tropique du Capricorne fut coupé sur le 37e Méridien et nous passâmes au large du Cap Frio. Le Capitaine Nemo, au grand déplaisir de Nedland, n'aimait pas le voisinage de ses côtes habitées du Brésil, car il marchait avec une vitesse vertigineuse.
Pas un poisson, pas un oiseau, des plus rapides qui soient, ne pouvaient nous suivre et les curiosités naturelles de ses mers échappèrent à toute observation. Cette rapidité se sous-teint pendant plusieurs jours et le 9 avril, nous avions connaissance de la pointe la plus orientale de l'Amérique du Sud
qui forme le Cap Saint-Roch. Mais alors, le Nautilus s'écarta de nouveau et il alla chercher à de plus grandes profondeurs une vallée sous-marine qui se creuse entre ce Cap et Sierra Leone sur la côte africaine. Cette vallée se bifurque à la hauteur des Antilles et se termine au nord par une énorme dépression de 9000 mètres.
En cet endroit, la coupe géologique de l'océan figure jusqu'aux petites Antilles, une falaise de 6 km taillée à pique et à la hauteur des îles du Cap Vert, une autre muraille non moins considérable qui enferme ainsi tout le continent immergé de l'Atlantide. Le fond de cette immense vallée
est accidenté de quelques montagnes qui ménagent de pittoresques aspects à ces fonds sous-marins. J'en parle surtout d'après les cartes manuscrites que contenait la bibliothèque du Nautilus, une note évidemment due à la main du Cap Némo élevée sur ses observations personnelles. Pendant deux jours, ces eaux désertes et profondes
furent visitées au moyen des plans inclinés. Le Nautilus fournissait de longues bordées diagonales qui le portaient à toutes les hauteurs. Mai le 11 avril, il se releva subitement et la terre nous réapparut à l'ouvert du fleuve des Amazones vaste et sueur dont le débit est si considérable
et salle la mer sur un espace de plusieurs lieux. L'équateur était coupé. À 20 000 dans l'ouest restait les Guyanes une terre française, sous laquelle nous eussions trouvé un facile refuge mais le vent soufflait en grande brise et les lames furieuses n'auraient pas permis un simple canot de les affronter.
Ned Lan le comprit sans doute, car il ne me parla de rien. De mon côté, je ne fis aucune allusion à ses projets de fuite et je ne voulais pas le pousser à quelques tentatives qui eût infailliblement avorté. Je me dédommageais facilement de ce retard par d'intéressantes études. Pendant ces deux journées des 11 et 12 avril
le Nautilus ne quitta pas la surface de la mer et son chalut lui ramena toute une pêche miraculeuse en zoophytes en poissons et en reptiles. Quelques zoophytes avaient été dragués par la chaîne des chaluts. De belles fictalines appartenant à la famille des Actinidiens
et entre autres espèces, le fictalis protexta originaire de cette partie de l'océan, petit ron cylindrique agrémenté de lignes verticales et tacheté de points rouges que couronne un merveilleux épanouissement de tentacules. Quant au mollusque, il consistait en produits que j'avais déjà observé
des turitels, des olives porphyres à lignes régulièrement entrecoisées dont les taches rousses se relevaient vivement sur un fond de chair des ptéroserre fantaisistes semblables à des scorpions pétrifiés des îales translucides, des argonautes des sèches excellentes à manger et certaines espèces de calmar
que les naturalistes de l'Antiquité classées parmi les poissons volants et qui servent principalement d'appât pour la pêche de la mourue. Des poissons de séparage que je n'avais pas encore eu l'occasion d'étudier, je notais diverses espèces. Parmi les cartilles lagineux, des pétromisons pricats, sortes d'anguilles
longues de quinze pouces, tête verdâtre, nageoire violette dos gris bleuâtre, ventre brun argenté semé de taches vives, iris des yeux cerclés d'or curieux animaux que le courant de l'Amazon avait dû entraîner jusqu'en mer, car ils habitent les eaux douces.
Des tuberculés à museaux pointus, à que longues et déliées armées d'un long aiguillon dentelé, de petits squâles d'un mètre gris et blanc châtre de peau, dont les dents disposées sur plusieurs rangs se recourbent en arrière et qui sont vulgairement connues sous le nom de pantoufliers, des lofies verses-pertilions
sortes de triangles isocèles rougeâtres d'un demi-mètre auquel les pectorals tiennent par des prolongations charnues qui leur donnent l'aspect de chauve-souris, mais que leur appendice cornée située près des narines a fait surnommé l'icorne de mer Enfin, quelques espèces de bâtistes
le curaçavien dont les flancs pointillés brillent d'une éclatante couleur d'or et le caprisque violet clair à nuances chatoiantes comme la gorge d'un pigeon Je termine là cette nomenclature un peu sèche, mais très exacte par la série des poissons osseux que j'observais
passant, appartenant au genre des apléronotes, dont le museau est très obtu et blanc de neige, le corps peint d'un beau noir et qui sont munis d'une lanière charnue très longue et très déliée odontaniates aigillonnées, longues sardignes de 3 décimètres resplendissants d'un vif éclat argenté
scombre gare, pourvue de deux nageoires annales à neigre, à teintes noires, que l'on pêche avec des brandons longs poissons de 2 mètres, à chair grasse, blanche, ferme qui, frais, ont le goût de languille et sec le goût du saumon fumé
labre demi-rouge, revêtu des cailles, seulement à la base des nageoires dorsales et annales chrysoptère, sur lesquels l'or et l'argent mêlent leur éclat à ceux du rubis et de la topaz son la chair est extrêmement délicate et que leurs propriétés phosphorescentes trahissent au milieu des eaux
spar pop, à langue fine, à teintes oranges siennes coraux, à codal d'or, à cantures noireux anablèpes de surinam, etc cet etc ne saurait empêcher de citer encore un poisson dont conseil se souviendra longtemps et pour cause
une sorte de raie très aplatie qui, la queue coupée, eut formé un disque parfait et qui pesait une vingtaine de kilogrammes elle était blanche en dessous, rougeâtre en dessus avec de grandes taches rondes d'un bleu foncé et cerclé de noir très lisse de peau et terminée par une nageoire bilobée
étendue sur la plateforme, elle se débattait, essayait de se retourner par des mouvements convulsifs et faisait tant d'efforts qu'un dernier soubresaut elle a précipité à la mer, mais conseil qui tenait à son poisson se précipita sur lui et, avant que je ne puisse l'en empêcher il le saisit à deux mains
aussitôt, le voilà renversé, les jambes en l'air, paralysé d'une moitié du corps et criant Ah mon maître, mon maître, venez à moi c'était la première fois que le pauvre garçon ne me parlait pas à la troisième personne le Canadien et moi, nous l'avions relevé Nous le frictionnions à bras raccourcis et quand il reprit ses sens
cet éternel classificateur murmura d'une voix entrecoupée classe des cartilles lagineux, ordre des chondropterigiens à branchis fixes sous ordre des célassiens, famille des raies, genre des torpilles ! oui mon ami, répondis-je
c'est une torpille qui t'a mis dans ce déplorable état je peux m'en croire, répond sa conseil, mais je me vengerai de cet animal et comment ? en le mangeant ce qu'il fit le soir même, mais par pure reprisaille car franchement, c'était coriace
l'infortuné conseil s'était attaqué à une torpille de la plus dangereuse espèce la cumana, ce bizarre animal dans un milieu conducteur tel que l'eau, foudroi les poissons à plusieurs mètres en distance tant est grande la puissance de son organe électrique dont les 2 surfaces principales ne mesurent pas moins de 27 pieds carrés
le lendemain, 12 avril, pendant la journée l'autilus s'approcha de la côte hollandaise, vers l'embouchure de Maroni, la vivaient en famille plusieurs groupes de lamentins c'était des manates qui, comme le dugong et le stellaire appartiennent à l'ordre des cyréniens
les manates étaient paisibles et inoffensives long de 6 à 7 mètres devaient peser au moins 4000 kg j'appris à Nedland et à conseil que la prévoyante nature avait assigné à ses mammifères un rôle important ce sont eux en effet qui, comme les phoques, doivent pètre les prairies sous-marines
et détruire ainsi les agglomérations d'herbes qui obstruent l'embouchure des fleuves tropicaux et, savez-vous, ajoutais-je l'un des raisons pour lesquelles les hommes ont presque entièrement anéanti ces races utiles c'est que les herbes putréfiées ont empoisonné l'air et l'air empoisonné, c'est la fièvre jaune qui désole ces admirables contrées
les végétations vénéneuses se sont multipliées sous émerts tourides et le mal s'est irrésistiblement développé depuis l'embouchure du rio de la platte à jusqu'au fleuride et s'il faut en croire, tout se nel, ce fléau n'est rien encore auprès de celui qui frappera à nos descendants lorsque les mers seront dépeuplées de baleines et de phoques
alors, encombrées de poulpes, de méduses, de calmar elles deviendront de vastes foyers d'infections puisque leurs flots ne posséderont plus ces vastes estomacs que Dieu avait chargé d'écumer la surface des mers cependant, sans dédaigner ces théories
l'équipage de Nautilus s'empêra d'une demi-douzaine de manates qui devaient, en effet, d'approvisionner les cambuses d'une chair excellente supérieure à celle du bœuf et du veau cette chasse ne fut pas intéressante, les manates se laissaient frapper sans se défendre plusieurs milliers de kilos de viande, destinés à être séchés
furent enmagasinés à bord ce jour-là, une pêche, singulièrement pratiquée, vint encore à croître les réserves du Nautilus tant ses mers se montraient giboyeuses le chalut avait rapporté dans ses mailles un certain nombre de poissons dont la tête se terminait par une plaque ovale à rebord charnu
c'étaient des ékenéides, de la troisième famille des malacopterigia subraciens leurs disques, aplatis, se composent de lames cartilagineuses transversales, mobiles, entre lesquelles l'animal peut opérer le vide ce qui lui permet d'adhérer aux objets à la façon d'une ventouse le reste de la pêche, singulièrement pratiquée, vint encore à croître les réserves du Nautilus
le remora, que j'avais observé dans la Méditerranée appartient à cette espèce mais celui dont il s'agit ici, c'était l'ékenéide osteocaire particulier à cette mère nos marins, à mesure qu'ils les prenaient, les déposaient dans des bailles pleines d'eau
la pêche terminée, le Nautilus se rapprocha de la côte en cet endroit, un certain nombre de tortues marines dormaient à la surface des flots il eut été difficile de s'emparer de ces précieux reptiles car le moindre bruit les éveille, et leur solide carapace est à l'épreuve du harpon
mais l'ékenéide devait opérer cette capture avec une sureté et une précision extraordinaire. Cet animal, en effet, est un hameçon vivant, qui ferait le bonheur et la fortune du naïf pêcheur à la ligne les hommes du Nautilus attachèrent à la queue de ces poissons un anneau assez large pour ne pas gêner leur mouvement
et, à cet anneau, une longue corde amarrée à bord par l'autre bout les ékenéides, jetés à la mer, commençèrent aussitôt leur rôle et allèrent se fixer au plastron des tortues leur ténacité était telle qu'ils se fussent déchirer plutôt que de lâcher prise on les allait à bord et avec eux les tortues auxquelles ils adhéraient
on prit ainsi plusieurs tortues on prit ainsi plusieurs kakouane, larges d'un mètre qui pesaient 200 kilos. Leur carapace couverte de plaques cornées, grandes, minces, transparentes brunes, avec moustures blanches et jaunes
les rendaient très précieuses. En outre, elles étaient excellentes au point de vue comestible, ainsi que les tortues franches qui sont d'un goût exquis. Cette pêche termina notre séjour sur les parages de l'Amazon et, la nuit venue le Nautilus regagna la haute mer
Fin du chapitre 17 de la deuxième partie