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Chapitre 2 d'Arsène Lupin, gentleman cambrioleur. Ceci est un enregistrement LibriVox. Tous nos enregistrements appartiennent au domaine public. Pour vous renseigner à notre sujet ou pour participer, rendez-vous sur LibriVox.org. Enregistré par Christian.

Arsène Lupin, gentleman cambrioleur par Maurice Leblanc. Chapitre 2, Arsène Lupin en prison. Il est un point de touristes digne de ce nom, qui ne connaissent les bords de la Seine, et qui n'est remarqué en allant des rubines de Jumiage aux rubines de Saint-Wendril, l'étrange petit château féodal du Malakie, si fièrement campé sur sa roche en pleine rivière.

L'arche d'un pont, le relief à la route. La base de ces tourelles sombres se confond avec le granit qui le supporte, bloc énorme détaché dans une sèquelle montagne, et jeté là par quelques formidables convulsions. Tout autour, le calme du grand fleuve joue parmi les roseaux, et des berges ronettes tremblent sur la crête humide des cailloux.

L'histoire du Malakie est rude comme son nom, revêche comme sa silhouette. Ce ne fut que combat, siège, assaut, rapide et massacre. Au veiller du pays de Croux, on évoque en frissonnant les crimes qui s'y commirent. On raconte de mystérieuses légendes. On parle du fameux souterrain qui conduisait jadis à l'abbaye de Jumiage et au manoir d'Agnès Sorel,

la belle-amie de Charles VII. Dans cet ancien repère de héros et de brigands, habite le baron Nathan Cahorne, le baron Satan, comme on l'appelait jadis à la bourse, où il s'est enrichi un peu trop brusquement. Les seigneurs du Malakie, ruinés, ont dû lui vendre pour un morceau de pain la demeure de leurs ancêtres.

Il y a installé ses admirables collections de meubles et de tableaux, de faïence et de bois sculptés. Il y vit seul, avec trois vieux domestiques. Nul n'y pénètre jamais. Nul n'a jamais contemplé dans le décor de ses salles antiques, les trois rubens qu'il possède, ses deux ouateaux, sa chair de Jean Goujon et tant d'autres merveilles arrachées à coups de billets de banque

aux plus riches habitués des ventes publiques. Le baron Satan a peur. Il a peur non point pour lui, mais pour les trésors accumulés avec une passion si tenace, il aperce piqueté d'un amateur que les plus madrés des marchands ne peuvent se vanter d'avoir reinduit en erreur. Il les aime.

Il les aime âprement comme un avare, jalousement comme un amoureux. Chaque jour, au coucher du soleil, et quatre portes bardées de fer qui commandent les deux esprimités du pont à l'entrée de la cour d'honneur sont fermées et verrouillées. Au moindre choc, les sonneries électriques vibreraient dans le silence. Du côté de la scène, rien à craindre, le roc s'hydrait sa pique.

Or, un vendredi de septembre, le facteur se présenta comme d'ordinaire à la tête du pont. Et, selon la rédicte quotidienne, ce fut le baron qui entrebailla le lourd bâton. Il examina l'homme aussi minutieusement que s'il ne connaissait pas déjà, depuis des années, cette bonne face réjouie et ses yeux narquois de paysan. Et l'homme lui dit en riant.

« C'est toujours moi, monsieur le baron. Je ne suis pas un autre qui aurait pris ma blouse et mes casquettes. — C'est-on jamais ? » murmura Karn. Le facteur lui remit une pile de journaux. Puis il ajouta.

« Et maintenant, monsieur le baron, il y a du nouveau. — Du nouveau ? — Une lettre. Mais recommandée encore. » Isolé, sans amie ni personne qui s'intéressa à lui, jamais le baron ne recevait de lettre.

Et tout de suite, cela lui parut un événement de mauvais augure dont il y avait lieu de s'inquiéter. Quel était ce mystérieux correspondant qui venait de relancer dans sa retraite ? « Il faut signer, monsieur le baron. » Il signa en mot créant. Puis il prit la lettre, attendit que le facteur eût disparu au tournant de la route, et après

avoir fait quelques pas de long en large, il s'appuya contre le parapet du pont et déchirait l'enveloppe. Elle portait une feuille de papier quadrillée avec cette en-tête manuscrite. « Paison de la santé, Paris. » Il regarda la signature.

« Arsène Lupin. Si tu peux faire. » Il lut. « Monsieur le baron, il y a, dans la galerie qui réunit vos deux salons, un tableau de Philippe de Champagne d'excellentes fertures et qui me plaît infiniment.

Vos Rubens sont aussi de mon goût, ainsi que votre plus petit Watteau. Dans le salon de droite, je note la crédence Louis XIII, les épiceries de Beauvais, le guéridon Empire signé Jacob et le bâhu Renaissance. Dans celui de gauche, toute la vitrine des bijoux et des miniatures. Pour cette fois, je me contenterai de ces objets qui seront, je crois, d'un écoulement

facile. Je vous prie donc de les faire emballer convenablement et de les expédier à mon nom, pour payer, en regard de Batignolles, avant huit jours. Autre de quoi, je ferai procéder moi-même à leur déménagement dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 septembre.

Et, comme de juste, je ne me contenterai pas de ce blesseux syndiqué. Veuillez excuser le petit dérangement que je vous cause et accepter l'expression de mes sentiments de respectueuse considération. » Arsène Lupin. PS.

Surtout ne pas m'envoyer le plus grand des Watteaux. Quoi que vous l'ayez payé trente mille francs à l'hôtel des ventes, ce n'est qu'une copie, l'original ayant été brûlé sous le directoire, par Baras, un soir d'orgie. Consultez les mémoires inédites de Gara. Je ne le tiens pas non plus à la châtelaine Louis XV, dont l'authenticité me semble

douteuse. » Cette lettre bouleversa le Baron Caronne. Signé de tout autre, elle l'eut déjà considérablement alarmée, mais signé d'Arsène Lupin, lecteur assidu des journaux, au courant de tout ce qui se passait dans le monde en

fait de vol et de crime, il n'ignorait rien des exploits de l'Infernale qu'en prient alors. Certes, il savait que Lupin, arrêté en Amérique par son ennemi Ganimard, était bel et bien incarcéré, que l'on insclusait son procès avec quel peine. Mais il savait aussi que l'on pouvait s'attendre à tout de sa part.

D'ailleurs, cette connaissance exacte du château, de la disposition des tableaux et des meubles, était un indice des plus redoutables. Qui l'avait renseigné sur des choses que nous n'avions vues ? Le Baron leva les yeux et contempla la silhouette farouche du mal acquis, son pied d'estal abrut, l'eau profonde qui l'entoure et haussa les épaules.

Non, décidément, il n'y avait pointe de danger. Personne au monde ne pouvait pénétrer jusqu'au sanctuaire inviolable de ses collections. Personne, soit, mais… Arsène Lupin. Pour Arsène Lupin, est-ce qu'il existe des portes, des ponts levis et des murailles ? À quoi servent les obstacles les mieux imaginés, les précautions les plus habiles si Arsène

Lupin a décidé d'atteindre le but ? Le soir même, il écrivit au procureur de la République de Rouen. Il envoyait la lettre de menace et réclamait aide et protection. La réponse n'a tard à point. Le nommé Arsène Lupin étant actuellement détenu à la santé, surveillé de près et

dans l'impossibilité d'écrire, la lettre ne pouvait être que l'œuvre d'un mystificateur. Tout le démontrait, la logique et le bon sens comme la réalité des faits. Toutefois, mais par excès de prudence, on n'avait que mis un expert à l'examen de l'écriture. Et l'expert déclarait que, malgré certaines analogies, cette écriture n'était pas celle du détenu.

Malgré certaines analogies, le baron ne retint que ses trois mots effarants où il voyait l'aveu d'un doute qui, à lui seul, aurait dû suffire pour que la justice intervienne. Ses craintes s'exaspéraient. Il ne cessait de relire la lettre. « Je ferai procéder moi-même au déménagement. »

Et cette date précise, la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 septembre. Subseneux et assis-tourne, il n'avait pas osé se confier à ses domestiques dont le dévouement ne lui paraissait pas à l'abri de toute épreuve. Cependant, pour la première fois depuis des années, il éprouvait le besoin de parler, de prendre conseil.

Abandonné par la justice de son pays, il n'espérait plus se défendre avec ses propres ressources. Il fut sur le point d'aller jusqu'à Paris et d'implorer l'assistance de quelques anciens policiers. Deux jours s'écoulèrent.

Le troisième, en lisant ses journaux, il tressaillit de joie. Le réveil de Kaudbeck publiait cet entrefilet. « Nous avons le plaisir de posséder dans nos murs depuis bientôt trois semaines l'inspecteur principal Ganymar, un des vétérans du service de la Sûreté. M.

Ganymar et qui, l'arrestation d'Hercène Lupin, sa dernière prouesse, a valu une réputation européenne, se reposent de ces longues fatigues en taquinant le goujon et la blette. Ganymar, voilà bien l'exilière recherchait le baron Carome. Qui, mieux que le retort et patient Ganymar, saurait déjouer les projets de Lupin ? Le baron n'hésitait pas.

Six kilomètres séparent le château de la petite ville de Kaudbeck. Il est franchi d'un pas allègre en homme que surexcite l'espoir du salut. Après plusieurs tentatives infructueuses pour connaître l'adresse de l'inspecteur principal, il se dirigea vers les bureaux du réveil, situé au milieu du quai. Il y trouvait le rédacteur de l'entrefilet qui, s'approchant de la fenêtre, s'écria

« Ganymar ! Mais vous êtes sûr de le rencontrer de l'enduit du quai, la ligne à la main ? C'est là que nous avons lié connaissance et que j'ai lu par hasard son nom gravé sur sa canne à pêche. Tenez ! Le petit vieux que l'on aperçoit là-bas, sur les arbres de la promenade. En renais, gottes et en chapeau de paille ? Justement ! Ah ! Un drôle de type parcoursoeur et plutôt bourru ! »

Cinq minutes après, le baron abordait le célèbre Ganymar, se présentait et tâchait d'entrer en conversation. Ni parvenant point, il aborda franchement la question et l'exposa son cas. L'autre écouta immobile, sans perdre de vue le poisson qu'il guettait, puis il tourna la tête vers lui, le toisa des pieds à la tête de nerf de profonde pitié, et prononça « Monsieur,

ce n'est guère l'habitude de prévenir les gens que l'on veut dépouiller. Arsène Lupin, en particulier, ne commet pas de pareilles bourdes. » « Cependant… » « Monsieur, si j'avais le moindre doute, croyez bien que le plaisir de fourrir encore dedans ce cher Lupin l'emportera sur toute autre considération. Par malheur, ce jeune homme est

sous les verrous. » « Si il s'échappe… » « On ne s'échappe pas de la santé. » « Mais lui… » « Lui, pas plus qu'un autre. » « Cependant… » « Eh bien, si il s'échappe, tant mieux. Je le repeinserai. En attendant, dormez sur vos deux oreilles, et ne fâcher pas davantage de cette tablette. »

La conversation était finie. Le baron retourna chez lui, un peu rassuré par l'insouciance de Ganimar. Il vérifia les serrures, espionna les domestiques, et 48 heures se passèrent pendant lesquelles il arriva presque à se persuader que, somme toute, ses craintes étaient chimériques. Non, décidément, comme l'avait dit Ganimar, on ne prévient pas les gens que l'on veut dépouiller. La date approchait. Le matin du mardi, veille du 27, rien de particulier. Mais à trois heures,

un gamin sonna. Il apportait une dépêche. « Aucun colis en garde à Tignolles. Préparez tout pour demain soir. » Arsène. De nouveau, se fila follement, à tel point que se demanda s'il ne cèderait pas aux exigences d'Arsène Lupin. Il courut à Côte-Bec. Ganimar pêchait à la même place, assis sur un pliant. Sans un mot, il lui tendit le télégramme. « Et après ? » fit l'inspecteur. « Après ? Mais c'est pour demain. » « Quoi ? » « Le cambriolage. Le pillage de mes collections. »

Ganimar déposa sa ligne, se tournant vers lui et, les deux bras croisés sur sa poitrine, s'écria d'un ton d'impatience. « Ah ça ! Est-ce que vous vous imaginez que je vais m'occuper d'une histoire aussi stupide ? » « Quelle indemnité demandez-vous pour penser au château la nuit du 27 au 28 septembre ? » « Pas un sou. Fichez-moi la paix. » « Fixez votre prix. Je suis riche, extrêmement riche. » La brutalité de l'offre déconcerta Ganimar qui reprit plus calme. « Je suis

ici en congé. Je n'ai pas le droit de me mêler. » « Personne ne le saura. Je m'engage, quoiqu'il arrive, à garder le silence. » « Oh, il n'arrivera rien. » « Eh bien, voyons. Trois mille francs est-ce assez ? » L'inspecteur humain prise de tabac, réfléchit et laissa tomber. « Soit. Seulement, je dois vous déclarer loyalement que c'est de ça. » « Ça m'est égal. » « En ce cas… Et puis après tout, est-ce qu'on sait avec ce diable de

Lupin qu'il doit avoir à ses ordres toute une bande ? Êtes-vous sûr de vos domestiques ? » « Ma foi… » « Alors, ne comptons pas sur eux. Je vais prévenir par dépêche deux gaillards de mes amis qui nous donneront plus de sécurité. Et maintenant, fûtez, qu'on ne nous voie pas ensemble. À demain, vers les neuf heures. » Le lendemain, date fixée par Arsène Lupin, le baron Carorne décrocha sa panoplie, fourbit ses armes et se promenait aux alentours du Malakie.

Rien d'équivoque ne l'a frappé. Le soir, à huit heures et demie, il congésia ses domestiques. Ils habitaient à tunnel en façade sur la route, mais un peu en retrait et tout au bout du château. Une fois seul, il ouvrit doucement les quatre portes. Après ce moment, il attendit les pas qui s'approchaient. Penima présenta ses deux auxiliaires, grand gars solide, aux coups de taureau et aux mains puissantes, puis demanda certaines explications.

S'étant rendu compte de la disposition des lieux, il ferma soigneusement et barricada toutes les issues par où on pouvait pénétrer dans les salles menacées. Il inspecta les murs, souleva les tapisseries, puis enfin menestela ses agents dans la galerie centrale. Pas de bêtises, hein ! On n'est pas ici pour dormir. À la moindre alerte, ouvrez les fenêtres de la cour et appelez-moi. Attention aussi du côté de l'eau. Dix mètres de falaise droite, des diables de

leur calibre, ça ne les effraie pas. Il les enferma, en portant les clés et dit au baron… Et maintenant, à notre poste. Il avait choisi, pour y passer la nuit, une petite pièce pratiquée dans l'épaisseur des murailles d'enceinte entre les deux portes principales et qui était jadis le réduit du veilleur. Un judas ouvrait sur le pont, un autre sur la cour. Dans un coin, on l'apercevait comme l'orifice d'un puits.

Vous m'avez bien dit, monsieur le baron, que ce puits était l'unique entrée des souterrains et que, dans la mémoire d'homme, elle est bouchée ? Oui. Donc, à moins qu'il n'existe une autre issue ignorée de tous, sauf dans Saint-Lupin, ce qui semble un peu problématique, nous sommes tranquilles.

Il a ligné à trois chaises, s'étendit confortablement, allumant sa pipe et soupira. Vraiment, monsieur le baron, il faut que j'aie rudement envie d'ajouter un étage à la maisonette où je dois finir mes jours pour accepter une besogne aux souilles élémentaires. J'aurais raconté l'histoire à la mémoire d'homme, il se tiendrait à l'écoute de rire. Le baron ne riait pas. L'oreille aux écoutes, il interrogeait le silence avec une inquiétude

croissante. De temps en temps, il se penchait sur le puits et plongeait dans le trou béant un œil anxieux. Onze heures, minuit, une heure sonner. Soudain, il saisit le bras de Ganymar qui se réveillait en sursaut. Vous entendez ? Oui.

Qu'est-ce que c'est ? C'est moi qui ronfle. Mais non ! Écoutez ! Ah ! Parfaitement ! C'est la corne d'une automobile. Eh bien ?

Eh bien ! Il est peu probable que Lupin se serve d'une automobile comme d'un bélier pour démolir votre château. Aussi, monsieur le baron, en votre place, je dormirai, comme je vais avoir l'honneur de le faire à nouveau. Bonsoir. Ce fut la seule alerte. Ganymar put reprendre son sommeil dérompu, et le baron n'entendit plus que son ronflement sonore et régulier. Au petit jour, ils sortirent de leur cellule. Une grande paix

sereine, la paix du matin au bord de l'eau fraîche, enveloppait le château. Cahorn, cardio de joie, Ganymar toujours paisible, il montait à l'escalier. Aucun bruit. Rien de suspect. Que vous avez-je dit, monsieur le baron ? Au fond, je n'avais pas dû accepter. Je suis honteuse. Il prit les clés et entra dans la galerie. Sur deux chaises, courbées, les bras ballants, les deux agents dormaient. Connard de nom d'un chien, craigna l'inspecteur.

Au même instant, le baron poussait un cri. Les tableaux ! La crée danse ! Et le bel busier suffoquait, la main tendue vers les places vides, vers les murs dénudés où pointaient les clous, où pendaient des cordes inutiles. Le wateau disparu. Les rubens enlevés. Les tapisseries décrochées. Les vitrines vidées de leurs bijoux. Mes cannes et l'arbre Louis Steins. Et le chandelier du Réjean. Et ma vierge, le deuxième. Ils couraient d'un endroit à l'autre, effarés,

désespérés. Les rappelés ses prix d'achat, additionnés des pertes subies, accumulaient des chiffres, tous là pelle-mêle en mots indistints, en phrases inachevées. Et trépignaient et surconvussaient, fous de rage et de douleur. On aurait dit à un homme ruiné qu'il n'a plus qu'à se brûler la cervelle. Si quelque chose eût pu le consoler, c'eût été de voir la stupeur de Ganymar. Contrairement au baron, l'inspecteur ne bougeait pas à lui. Il semblait pétrifié,

et d'un œil vague, il examinait les choses. Les fenêtres fermées, les serrures des portes intactes. Pas de brèches au plafond, pas de trous aux planchers. L'ordre était parfait. Tout cela avait dû s'effectuer méthodiquement d'après un plan inexorable et logique. « Arsène Lupin ! Arsène Lupin ! » murmura-t-il, effondré. Soudain, il bondit sur les deux agents, comme si la colère enfin le secouait. Il les bouscula furieusement et les injuria.

Il ne se réveillait à point. « Diable ! » fut-il. « Est-ce que par hasard ? » Il se pencha sur eux et, tour à tour, les observa avec attention. Il dormait, mais d'un sommeil qui n'était pas naturel. Il dit au baron « On les a endormis. » « Mais qui ? » « Eh ! Lui, par bleu, ou sa bande, mais dirigé par lui. C'est un coup de sa façon. La griffe y est bien. » « En ce cas, je suis perdu. Rien à faire. » « Rien à faire. » « Mais c'est abominable. C'est monstreux. »

« Déposer une plainte. » « Un quoi bon ? » « Dame. Essayez toujours. La justice a des ressources. » « La justice. Mais vous voyez bien par vous-même. Tenez. En ce moment, vous pourriez chercher un indice, découvrir quelque chose. Vous ne bougez même pas. » « Découvrir quelque chose ? Avec Arsène Lupin. Mais mon cher monsieur, Arsène Lupin ne laisse jamais rien derrière lui. Il n'y a pas de hasard avec Arsène Lupin. J'en suis à me demander si ce n'est pas

volontairement qu'il s'est fait arrêter par moi en Amérique. » « Alors, je dois renoncer à mes tableaux, à tout. Mais ce sont les pères de ma collection qui m'ont dérompé. Je donnerai une fortune pour les retrouver. Si on ne peut rien contre lui, qui dit son prix ? » Ganimard le regarda fixement. « Ça, c'est une parole censée. Vous ne la retirez pas ? » « Non, non, non. Mais pourquoi ? » « Une idée que j'ai. » « Quelle idée ? » « Nous en reparlerons si l'enquête n'aboutit pas.

Seulement, pas un mot de moi, si vous voulez que je réussisse. » Il ajouta entre ses dents. « Et puis, vrai ? Je n'ai pas de quoi me mentir. » Les deux agents reprenaient peu à peu connaissance avec cet air hébété de ceux qui sortent du sommeil hypnotique. Ils ouvraient des yeux étonnés et cherchaient à comprendre. Quand Ganimard les interrogea, ils ne se souvenaient de rien. « Cependant, vous avez dû voir quelqu'un ? » « Non. » « Rappelez-vous ? » « Non, non. » « Et

vous n'avez pas bu ? » Ils réfléchirent et l'un d'eux répondit « Si, moi j'ai bu un pédot. » « De l'eau de ce caraf ? » « Oui. » « Moi aussi, » déclara le second. Ganimard l'a senti. La goûta. Elle n'avait tout qu'un goût spécial, aucune odeur. « Allons, » fut-il. « Nous perdons notre temps. Ce n'est pas en cinq minutes que l'on résout les problèmes posés par Arsène Lupin. Mais mort bleue, je jure bien que je le repinserai. Je gagne la seconde manche. À moi la belle. »

Le jour même, une plainte en vol qualifiée était déposée par le baron Kaorn, comte Arsène Lupin, détenu à la santé. Cette plainte, le baron la regretta souvent quand il vivait le mal à qui livrer aux gendarmes, aux procureurs, aux juges d'instruction, aux journalistes, à tous les curieux qui s'insinuent partout où il ne devrait pas être. L'affaire passionnait déjà l'opinion. Elle se produisait dans des conditions si particulières. Le nom d'Arsène

Lupin excitait à tel point les imaginations que les histoires les plus fantaisistes remplissaient les colonnes des journaux et trouvaient créance auprès du public. Mais la lettre initiale d'Arsène Lupin, que publia l'Écho de France, et nul ne suit jamais qui en avait communiqué le texte, cette lettre où le baron Kaorn était effrontément prévenu de ce qui le menaçait, causa une émotion considérable. Aussitôt, des explications fabuleuses furent proposées. On

rappela l'existence des fameux souterrains. Et le parquet, influencé, poussa ses recherches dans ce sens. On fouilla le château du haut en bas. On questionna chacune des pierres. On étudia les boiseries et les cheminées, les cadres des glaces et les poutres des plafonds. À la lueur des torches, on examina les caves immenses où les seigneurs du Malaké entassaient jadis leur munition et leurs provisions. On sonda les entrailles du rocher. Ce fut vainement. On

n'a découvert pas le moindre vestige de souterrain. Il n'existait point de passage secret. Soit, répondait-on de tout côté, mais des meubles et des tableaux ne s'évanouissent pas comme des fantômes. Il s'en va par des portes et par des fenêtres et les gens qui s'en en passent s'introduisent et s'en vont également par des portes et des fenêtres. Quelles sont ces gens? Comment se sont-ils introduits? Et comment se sont-ils allés? Le parquet de Rouen, convaincu de son

impuissance, sollicita le secours de Jean Parisier. Monsieur Dudoui, le chef de la Sûreté, envoya ses meilleurs lumiers de la brigade de fer. Lui-même, depuis un séjour de 48 heures au mal acquis, il ne réussit pas davantage. C'est alors qu'il demanda à l'inspecteur Gennimard dont il avait eu si souvent l'occasion d'apprécier des services. Gennimard écouta silencieusement les instructions de son supérieur, puis,

hauchant la tête, il prononça « Je crois que l'on fait fausse route dans ce petit nymphouillé de château. La solution est ailleurs. » Et où donc? « Auprès d'Arsène Lupin. » Auprès d'Arsène Lupin? Ce processus-là, c'est allumé sur l'intervention. Je l'admets. Bien plus, je la considère comme certaine. Voyons, Gennimard, c'est absurde. Arsène Lupin est en prison.

Arsène Lupin est en prison, soit. Il est surveillé, je vous l'accorde. Mais il aurait les fers au pied, les cordes au poignet et un bâillon sur la bouche, et je ne changerai pas d'avis. Et pourquoi cette obstination? Parce que seul, Arsène Lupin a un détail à combiner une machination de cette envergure et à la combiner de telle façon qu'elle réussisse. Comment elle a réussi? Des mots, Gennimard.

Ils sont des réalités. Mais voilà qu'on ne cherche pas de souterrain, de pierre tournante sur un pivot et d'autres balles-vernes de ce calibre. Notre individu n'emploie pas des procédés aussi vieux-jeux. Il est d'aujourd'hui, ou plutôt de demain. Et vous concluez? Je conclue en vous demandant nettement l'autorisation de passer une heure avec lui.

Dans sa cellule? Oui. Au retour d'Amérique, nous avons entretenu pendant la traversée d'excellents rapports, et j'ose dire qu'il a quelques sympathies pour celui qui a su l'arrêter. S'il peut me renseigner sans se compromettre, il n'hésitera pas à m'éviter un voyage inutile. Il était un peu plus de midi lorsque Gennimard fut introduit dans la cellule d'Arsène Lupin.

Celui-ci, étendu sur son lit, leva la tête et poussa un cri de joie. Ah ça, c'est une vraie surprise! Ce cher Gennimard ici! Lui-même. Je désirais bien des choses dans la retraite que j'ai choisie, mais aucune plus passionnée marre que de t'y recevoir.

Trop aimable. Mais non, mais non! Je professe pour toi la plus vive estime. J'en suis fière. Je l'ai toujours prétendue. Gennimard est notre meilleur détective. Il vaut presque, tu vois que je suis franc, il vaut presque Sherlock Holmes. Mais en vérité, je suis

désolé de n'avoir à t'offrir que cet escabeau. Et pas un rafraîchissement. Pas un verre de bière. Excuse-moi. Je suis là de passage. Gennimard s'assit en souriant. Il a préségné repris, heureux de parler. Mon Dieu, je suis content de reposer mes yeux sur la figure d'un honnête homme. J'en ai assez de toutes ces faces d'espion ou de mouchard qui passent dix fois par jour

la revue de mes poches et de ma modeste cellule pour s'assurer que je ne prépare pas une évasion. Fichtre, c'est que le gouvernement tient à moi. Il a raison. Mais non. Je serais si heureux qu'on me laissait vivre dans mon petit coin. Avec les rangs des autres.

N'est-ce pas ? Ce serait si simple. Mais je bavarde, je dis des bêtises et tu as peut-être pressé. Allons au fait, Gennimard. Qu'est-ce qui me vaut l'honneur d'une visite ? L'affaire 40. Déclara Gennimard sans détour. Halt là ! Une seconde. C'est que j'en ai tant d'affaires.

Que je trouve d'abord dans mon cerveau le dossier de l'affaire 40. Ah ! Voilà qui je suis. Affaire 40, Château du Malakie, Seine-L'Inferieur. Deux rubans, un wato et quelques menus d'objets. Menus ? Oh ma foi ! Tout cela est de médias d'importance.

Il y a mieux. Mais il suffit que l'affaire t'intéresse. Parle donc, Gennimard. Dois-je te suppliquer où nous en sommes dans l'instruction ? Inutile. J'ai lu les journaux ce matin. Je me permettrai même de te dire que vous n'avancez pas vite.

C'est précisément la raison pour laquelle je m'adresse à ton obligeance. Entièrement à tes ordres. Tout d'abord ceci. L'affaire a bien été conduite par toi ? Depuis A jusqu'à Z. La lettre d'avis, le télégramme ?

Son de ton serviteur. Je dois même en avoir quelque part les récipicés. Arsène ouvrit le tiroir d'une petite table en bois blanc qui composait, avec le lit et l'escabeau, tout le mobilier de la cellule. Il prit deux chiffons de papier et l'étendit à Gennimard. Ah sa mère !

s'écria celui-ci. Je te croyais garder à vue et fouiller pour un ruis ou pour un nom. Oh ! Tu lis les journaux ? Tu collectionnerais ceux de la Poste ? Bah ! Ces gens sont si bêtes. Ils décousent la doublure de ma veste.

Ils explorent les semelles de mes boutines. Ils osculent des murs de cette pièce. Mais pas un aurait l'idée qu'Arsène Lupin soit assez niais pour choisir une cachette aussi facile. C'est bien là-dessus que j'ai compté. Gennimard, amusé, s'exclama.

Quel drôle de garçon ! Tu me déconcertes. Allons, raconte-moi l'aventure. Oh oh ! Comme tu y vas ! Finissais à tous mes secrets ? Tu dévoilais mes petits trucs ? C'est bien grave.

Eh ! J'ai tort de compter sur ta complaisance. Non, Gennimard. Et puisque tu insistes... Arsène Lupin arpenta deux ou trois fois sa chambre, puis s'arrêtant... Que penses-tu de ma lettre au Baron ? Je pense que tu as voulu te divertir et pâter un peu la galerie.

Ah ! Voilà ! Et pâter la galerie. Eh bien, je t'assure, Gennimard, que je te croyais plus fort. Est-ce que je m'attarde à ces plus irréalités, moi, Arsène Lupin ? Est-ce que j'aurais écrit cette lettre si j'avais pu dévaliser le Baron sans lui écrire ? Mais comprends donc, toi et les autres, que cette lettre est le point de départ indispensable,

le ressort qui a mis toute la machination en branle ? Voyons... Procédons par ordre. Et préparons ensemble, si tu veux, le cambriolage du mal acquis. Je t'écoute.

Donc, supposons un château rigoureusement fermé, barricadé, comme l'était celui du Baron Carome. Vais-je abandonner la partie et renoncer à des trésors que je convoite sous prétexte que le château qui les contient est inaccessible ? Évidemment, non.

Vais-je tenter l'assaut comme autrefois, à la tête d'une troupe d'aventuriers ? Enfantin. Vais-je m'y introduire sur noisement ? Impossible. Reste un moyen.

L'unique, à mon avis, c'est de me faire invité par le propriétaire du dit château. Le moyen est original. Et combien facile. Supposons qu'un jour, le dit propriétaire reçoive une lettre, l'invertissant de ce que trame contre lui un nommé Arsène Lupin, cambriolard réputé.

Que fera-t-il ? Il enverra la lettre au procureur. Qui se moquera de lui, puisque le dit Lupin est actuellement sous les verrous. Donc, affolement du bonhomme, lequel est tout près demandé secours au premier venu. N'est-il pas vrai ?

Cela est hors de doute. Et s'il lui arrive d'aller dans une feuille de chou, qu'un policier célèbre est en ville gérature dans la localité voisine ? Il ira s'adresser à ce policier. Tu l'as dit.

Mais d'autre part, admettons qu'en prévision de cette démarche inévitable, Arsène Lupin est prié, l'un de ses amis les plus habiles, de s'installer à Crotebeck, d'entrer en relation avec un rédacteur du réveil, le journal auquel est abonné le baron, de laisser entendre qu'il est un tel, le policier célèbre.

Qu'adviendra-t-il ? Que le rédacteur annoncera dans le réveil la présence à Crotebeck du policier. Parfait. Et de deux choses l'une. Ou bien le poisson, je veux dire qu'Arsène, ne mord pas à l'hameçon.

Et alors, rien ne se passe. Ou bien, et c'est l'hypothèse la plus vraisemblable, il a cours tout frétillant. Et voilà donc mon Kaorne implorant contre moi l'assistance de l'un de mes amis. De plus en plus original.

Bien entendu, le pseudo-policier refuse d'avoir son concours. Là-dessus, dépêche Arsène Lupin. Hypouvante du baron, qui supplie de nouveau mon ami, il lui offre de temps pour veiller à son salut. Le dit ami accepte, amène deux gaillards de notre bande qui, la nuit,

pendant que Kaorne est gardé à vue par son protecteur, déménage pour la fenêtre un certain nombre d'objets et les laisse glisser, à l'aide de cordes, dans une bonne petite chaloupe affrétée à doc. C'est simple comme Lupin.

« Et c'est tout bêtement merveilleux ! » s'écriait Ganymar. « Et je ne saurais trop louer l'hardiès de la conception et l'ingénioïdité des détails. Mais je ne vois guère de policier assez illustre pour que son nom ait pu attirer et suggestionner le baron à ce point. »

Il y en a un, il n'y en a qu'un. « Lequel ? » Celui du plus illustre, de l'ennemi personnel d'Arsène Lupin, bref, de l'inspecteur Ganymar. « Moi ? »

Toi-même, Ganymar. Et voilà ce qu'il y a de délicieux. Si tu vois la bail que le baron se décide à causer, tu finiras par découvrir que ton devoir est de t'arrêter toi-même, comme tu m'as arrêté en Amérique.

Hein ? La révenge est comique ? Je vais faire arrêter Ganymar par Ganymar. » Arsène Lupin riait de bon cœur. L'inspecteur, assez vexé, se mordait les lèvres. La plaisanterie ne lui semblait pas mériter de tels accès de joie.

L'arrivée d'un gardien lui donna le loisir de se remettre. L'homme apportait le repas qu'Arsène Lupin, par faveur spéciale, faisait venir du restaurant voisin. Ayant déposé le plateau sur la table, il se retira. Arsène s'installa, rompit son pain, en mangeant deux ou trois bouchées et reprit.

« Mais sois tranquille, mon cher Ganymar. Tu n'iras pas là-bas. Je vais t'éveiller une chose qui te stupéfiera. L'affaire Carande est sur le point déclassée. » Hein ?

« Sur le point déclassée, te dis-je. » Allons donc. Je quitterai un instant le chef de la Sûreté. Et après ? Est-ce que M. Duduit en sait plus long que moi sur ce qui me concerne ?

Tu apprendras que Ganymar, excuse-moi, que le pseudo Ganymar est resté en fort bon terme avec le Baron. Celui-ci, et c'est la raison principale pour laquelle il n'a rien avoué, l'a chargé de la très délicate mission de négocier avec moi une transaction, et à l'heure présente, moyennant une certaine somme, il est probable que le Baron est rentré

en possession de ses chers bublos. En retour de loi, il retirera sa plainte. Donc, plus le vol, donc, il faudra bien que le parquet abandonne. » Ganymar considéra le détenu d'un air stupéfait. « Et comment sais-tu tout cela ? »

« Je viens de recevoir la dépêche que j'attendais. » « Tu viens de recevoir une dépêche ? » « À l'instant, chérémie. » Par politesse, je n'ai pas voulu la lire en ta présence. Mais si tu m'y autorises…

« Tu t'emmerdes de moi, Lupin ? » « Veuille, mon chérémie, décapiter doucement ces teufs à la croque. Tu constateras par toi-même que je ne me moque pas de toi. » Maschinalement, Ganymar obéit et casse à l'œuf avec la lame d'un couteau. Un cri de surprise lui échappa.

La coque vide contenait une feuille de papier bleu. Sur la prière d'Harsen, il la déplia. C'était un télégramme, ou plutôt une partie de télégramme auquel on avait arraché les indications de la poste. Il l'eut.

« Accords conclus, cent mille balles livrées, tout va bien. » « Cent mille balles ? » fut-il. « Oui, cent mille francs. C'est peu, mais enfin. Les temps sont durs.

Et j'ai des frais généraux si lourds. Si tu connaissais mon budget, un budget de grande ville. » Ganymar se leva. Sa mauvaise humeur s'était dissipée. Il réfléchit quelques secondes,

embrassa d'un coup d'œil toute l'affaire pour tâcher d'en découvrir le point faible. Puis il prononça d'un ton où il laissait franchement percer son admiration de connaisseur. « Par bonheur, il n'en existe pas des deux-eines comme toi,

sans quoi il n'y aurait plus qu'à faire mes boutiques. » Arsène Lupin prit un petit air modeste et répondit. « Bah, il fallait bien se distraire, occuper ses loisirs. D'autant que le coup ne pouvait réussir que si j'étais en prison. » « Comment ? » s'exclama Ganymar.

« Ton procès, ta défense, l'instruction, tout cela ne te suffit donc pas pour te distraire ? » « Non, car j'ai résolu de ne pas assister à mon procès. » « Oh oh ! » Arsène Lupin répéta posément.

« Je n'assisterai pas à mon procès. » « En vérité. » « À ça, mon cher, t'imagines-tu que je vais pourrir sur la paille humide ? Tu m'outranges ? » Arsène Lupin ne reste en prison que le temps qu'il lui plaît,

et pas une minute de plus. » « Il eût peut-être été plus prudent de commencer par ne pas y entrer. » objecta l'inspecteur d'un ton ironique. « Ah, monsieur Ray ! Monsieur se souvient qu'il a eu l'honneur de procéder à mon arrestation.

Sache, mon respectable ami, que personne, pas plus toi qu'un autre, n'eût pu mettre la main sur moi si un intérêt beaucoup plus considérable ne m'avait sollicité à ce moment critique. » « Tu m'étonnes. » « Une femme me regardait, Guénie Marr, et je l'aimais.

Entends-tu tout ce qu'il y a dans ce fait d'être regardé par une femme que l'on aime ? Le reste m'importait peu, je te jure. Et c'est pourquoi je suis ici. » « Depuis bien longtemps. Tu as mêmeé de la remarquer. »

« Je voulais oublier d'abord. Ne ris pas. L'aventure avait été charmante, et j'en ai gardé encore le souvenir à tendrie. Et puis, je suis quelque peu neurasthénique. La vie est si fiévreuse de nos jours.

Il faut savoir à certains moments faire ce que l'on appelle une cure d'isolement. Cet endroit est souverain pour les régimes de ce genre. On y pratique la cure de la santé dans toute sa rigueur. » « Arsène Lupin. » « Observe Aghenni Marr. »

« Je te paie ma tête. » « Aghenni Marr. » « Affirmes, Aghenni Marr. » « Nous sommes aujourd'hui vendredi. « Mais aujourd'hui prochain, j'irai fumer mon cigare chez toi, Rupert Goles, à 4h de l'après-midi. »

« Arsène Lupin, je t'attends. » Ils se serrèrent la main comme deux bons amis qui se céssément à leur juste valeur, et le vieux policier se dirigea vers la porte. « Aghenni Marr. » Celui-ci se retourna.

« Qui a-t-il ? » « Aghenni Marr, tu oublies ta montre. » « Ma montre ? » « Oui. Elle s'est égarée dans ma poche. »

Il l'a rendie en s'excusant. « Pardonne-moi. Une mauvaise habitude. Mais ce n'est pas une raison parce qu'ils m'ont pris la mienne pour que je te prive de la tienne. D'autant que j'ai là un chronomètre dont je n'ai pas à me plaindre et qui satisfait pleinement à mes besoins. »

Il sortit du tiroir une large montre en or, épaisse et confortable, ornée d'une lourde chaîne. « Et celle-ci ? De quelle poche vient-elle ? » demanda Aghenni Marr. Arsène Lupin examina dégligeamment les initiales. « J.B. ! Qui dit en tout cela peut-il bien-être ?

Ah oui, je me souviens. Jules Bouvier, mon juge d'instruction, un homme charme. » Fin de chapitre 2

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